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Modes d’accueil Avip : ce qui change en 2026

La circulaire de la CNAF, publiée le 5 février 2026, marque une nouvelle étape dans l’évolution du dispositif Avip, créé en 2016. Au-delà de l’ouverture officielle aux assistantes maternelles et de l’élargissement du public cible, elle inscrit désormais ce dispositif dans une organisation territoriale plus structurée, mobilisant l’ensemble des acteurs de la petite enfance et de l’insertion. On fait le point avec Gaëlle Choquer-Marchand, directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF.

L’absence de solution d’accueil reste encore aujourd’hui un frein important à l’insertion professionnelle des parents. C’est ce constat qui avait poussé à la création du label « crèche Avip » en 2016. Un label accordé aux structures proposant des places d’accueil à des parents en démarche active de recherche d’emploi. Près de 10 ans plus tard, le dispositif s’est considérablement développé –  il y a 1121 EAJE Avip en 2025 –  mais des freins pour l’accès à l’emploi d’une part et aux modes d’accueil d’autre part, persistent. Le 8 septembre 2025, l’État, la CNAF et France Travail, ont ainsi signé un accord national rénovant « les conditions d’octroi et de déploiement du label Avip ». Une circulaire publiée par la CNAF le 5 février 2026 est venue préciser les modalités de sa mise en œuvre. Alors concrètement, que changent ces nouvelles orientations ?

Un dispositif qui devait s’adapter aux réalités du terrain

Depuis sa création, le dispositif Avip reposait principalement sur la labellisation de certaines crèches identifiées pour leurs pratiques d’accueil de familles en insertion professionnelle. En 2022, une enquête d’évaluation menée par la CNAF, montrait des premiers résultats encourageants. Elle soulignait toutefois une mise en œuvre très variable selon les territoires et l’importance d’adapter davantage l’offre d’accueil aux besoins des familles en insertion.

Au moment de la négociation de la dernière COG, la CNAF avait également identifié la nécessité de faire évoluer ce cadre. « Il y a des territoires qui se sont emparés du sujet et qui ont vraiment développé des choses intéressantes, souligne Gaëlle Choquer-Marchand, directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF . Mais dans d’autres, on n’a parfois même pas une seule structure Avip. C’était ça l’enjeu : tenir compte de la réalité des plus avancés sans lâcher le sujet auprès de ceux qui étaient un peu plus en retard. » À l’horizon 2027, l’objectif fixé par la COG reste inchangé, –1250 crèches Avip PSU –, même si le dispositif s’ouvre désormais à d’autres modes d’accueil. Un objectif qui sera probablement dépassé.

Le passage à une logique de réseau 

L’une des évolutions majeures de la circulaire est bien d’offrir  la possibilité de labelliser des modes d’accueil en réseau. Pour atteindre le seuil de 20 % d’enfants de moins de 3 ans dont les parents sont en recherche d’emploi, une structure n’est donc plus obligée d’agir seule. Elle peut se regrouper avec d’autres établissements pour former un réseau. Cette évolution répond à deux problématiques. La réalité territoriale : dans les territoires très urbains, une crèche peut plus facilement accueillir régulièrement des enfants de familles en insertion, car le nombre de familles est plus important. Mais dans des territoires ruraux, il n’est pas réaliste d’identifier un seul EAJE Avip auquel toutes les familles devraient se rendre, parfois avec des trajets importants. La logique de réseau prend en compte cette réalité.

Par ailleurs, et c’est la deuxième problématique, certains acteurs locaux ont parfois compris le dispositif comme un système de places réservées, voire gelées dans l’attente de l’arrivée d’un enfant d’une famille en insertion. Or, « s’il n’y a pas d’enfants de famille en insertion, autant que d’autres enfants soient accueillis dans la structure, plutôt que laisser les places vacantes  », observe Gaëlle Choquer-Marchand. Avec un réseau, la logique n’est plus de conserver des places disponibles dans une structure précise, mais de raisonner en capacité collective à accueillir un enfant au moment où le besoin se présente. »

Les assistantes maternelles intégrées au dispositif

Le réseau peut être constitué de plusieurs modes d’accueil volontaires – crèches, assistantes maternelles ou réseaux mixtes –  regroupés à l’échelle d’un territoire. Et c’est là l’une des principales nouveautés de la réforme : les assistantes maternelles peuvent désormais intégrer pleinement le dispositif Avip. Elles peuvent passer convention avec des crèches ou se constituer elles-mêmes en réseau pour intégrer le dispositif. Un réseau d’assistantes maternelles doit comporter au moins deux professionnelles qui peuvent exercer à leur domicile ou en Maisons d’assistants maternels (MAM).

Cette ouverture repose d’abord sur la volonté de reconnaître des initiatives déjà existantes sur le terrain, comme dans la Somme, qui n’a pas attendu le cadre national pour labelliser des assistantes maternelles. Par ailleurs, dans certains territoires, il n’existe pas d’EAJE accessibles à proximité, l’accueil individuel est parfois la seule solution réaliste.

Le rôle clé du coordinateur 

Le fonctionnement du réseau repose d’abord sur la désignation d’un coordinateur, chargé d’animer et d’organiser le dispositif à l’échelle locale. Il a en charge la constitution du dossier de candidature pour l’obtention du label Avip. Il centralise les demandes, suit les parcours des familles et garantit la continuité de l’accueil. Cette fonction vise à améliorer la lisibilité du dispositif et à renforcer sa capacité de réponse aux besoins des familles. La circulaire ne désigne pas un opérateur spécifique. Le principe est que l’acteur le mieux placé localement assure cette fonction. Il peut être : le service petite enfance d’une commune, un RPE, une association ou un autre acteur local pertinent. « On pressent quand même que ça serait intéressant pour les RPE, ça conforterait plutôt leur positionnement et ça ferait sens en tant qu’outil de l’autorité organisatrice », souligne Gaëlle Choquer-Marchand. Le réseau repose sur une organisation territoriale, pas sur une convention directe entre une crèche et une assistante maternelle.

Des avantages pour les assistantes maternelles ?

La circulaire détaille les engagements des assistantes maternelles. Les professionnelles s’engagent à participer aux actions de formation et d’accompagnement proposées par le coordinateur du réseau, à se rendre disponibles pour accueillir régulièrement des enfants orientés dans le cadre du dispositif Avip et à signaler leurs disponibilités. Elles doivent également informer les familles de leur appartenance à un réseau Avip, transmettre les données d’accueil nécessaires au suivi du dispositif et veiller à la continuité de l’accueil de l’enfant, y compris en cas d’évolution de la situation du parent.

Du côté des avantages, le document souligne notamment la possibilité pour les assistantes maternelles d’élargir leur activité professionnelle en leur permettant d’accéder à de nouveaux publics et d’être davantage identifiés par les partenaires locaux. Le travail en réseau est également présenté comme un moyen de rompre l’isolement, de participer à des actions de formation ou d’échanges entre professionnelles et de mieux accompagner des familles en situation de fragilité. Enfin, l’obligation de recourir au service Pajemploi+ (obligatoire en 2027) est présentée comme une garantie supplémentaire, permettant de sécuriser le versement des salaires et de simplifier les démarches administratives pour les parents employeurs comme pour les assistants maternels.

En revanche, aucun dispositif financier national spécifique n’est prévu pour les assistantes maternelles Avip, pas plus qu’il n’en existe en tant que tel pour les EAJE Avip. Pour autant, cela ne signifie pas qu’aucun soutien financier n’est possible. Dans le cas des crèches, l’accueil de familles en insertion peut avoir un impact indirect sur leur financement. En accueillant davantage de familles aux ressources modestes, les structures peuvent bénéficier du bonus mixité sociale. Pour les assistantes maternelles, les aides financières passent principalement par un soutien direct aux familles (CMG, certaines aides à l’insertion de France travail), afin qu’elles puissent financer le coût de l’accueil. En outre, « certaines CAF font le choix, sur leurs fonds locaux, de mettre en place des aides au démarrage. Cela relève du choix du conseil d’administration de chaque CAF. », précise Gaëlle Choquer-Marchand 

C’est le cas de la Somme, l’association AGENA coordonne le dispositif « Assmat Avip » depuis 2023. Les assistantes maternelles labellisées sont accompagnées par les éducatrices et dès qu’un enfant leur est confié via le dispositif, elles reçoivent un bonus financier. En 2025, 69 assistantes maternelles étaient labellisées Avip*, contre 21 crèches et 125 contrats étaient en cours

Un public élargi et des familles mieux informées

La réforme introduite par la circulaire modifie également la définition du public cible. Historiquement, le dispositif visait principalement les parents engagés dans une recherche active d’emploi, c’est-à-dire suivis par France Travail. Cette approche relativement restrictive a été identifiée comme un frein au déploiement du dispositif dans certains territoires. La circulaire retient une conception plus large de l’insertion. Elle précise que le dispositif doit pouvoir : « offrir une place d’accueil pour tout motif d’insertion, même pour des personnes dont l’accès ou le retour à l’emploi est un horizon lointain ». Par exemple, pour des personnes au RSA, accompagnés par les conseils départementaux ou France Travail,  le retour à l’emploi reste l’horizon, mais ce n’est pas forcément l’étape immédiate.

Concernant les modalités d’orientation, elles reposent actuellement souvent sur des relations locales informelles, avec une implication différente des acteurs de l’insertion. La circulaire introduit une organisation plus collective et plus formalisée. Elle prévoit que l’orientation relève désormais de l’ensemble des professionnels impliqués dans l’accompagnement social ou professionnel. Le point central, selon Gaëlle Choquer-Marchand « est d’éviter que ce soit la famille elle-même qui soit l’intermédiaire entre le référent insertion et la crèche. » Désormais,« les professionnels se parlent entre eux pour trouver une solution, sans demander à la famille de démarcher elle-même les structures. » Le rôle du coordinateur prend ici tout son sens. À noter que la circulaire introduit également un changement symbolique dans la relation entre les parents et les structures d’accueil. Jusqu’à présent, certains dispositifs prévoyaient la signature d’un contrat d’engagement spécifique pour les parents en insertion. Le nouveau cadre supprime cette exigence afin d’éviter que les parents en insertion soient soumis à des obligations plus importantes que les autres familles.

Communes, CAF, CDSF : un rôle renforcé dans le dispositif Avip

Au-delà des évolutions techniques, la circulaire du 5 février 2026 marque une étape dans la transformation du dispositif Avip en une politique publique structurée, portée par l’autorité organisatrice et reposant sur une coordination renforcée entre les CAF, les comités départementaux des services aux familles (CDSF) et France Travail. Le dispositif reposait initialement sur une coopération relativement simple les CAF et les services de l’emploi. Et dans cette logique de structuration territoriale, la circulaire appuie fortement le nouveau rôle des communes, désormais autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant.

*bilan synthétique du dispositif AVIP de la Somme pour l’année 2025.

La circulaire en pièce-jointe

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 31 mars 2026

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