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Stéphanie Chiffoleau, puéricultrice (ANPDE) : « La PMI ne peut plus remplir ses missions de prévention »
La situation des services de Pmi n’est plus tenable. Alors que les inégalités de santé progressent, les effectifs de ce service ne cessent de baisser, mettant en péril la santé des jeunes enfants et de leur famille. À l’occasion de la mobilisation de leurs professionnels à l’appel de la Plateforme « assurer l’avenir de la PMI » , nous avons rencontré avec Stéphanie Chiffoleau, administratrice nationale de ANPDE (Association nationale des puéricultrices diplômées et des étudiantes.
Les Pros de la petite enfance : En 2019, Michèle Peyron dans son rapport redoutait ,« une extinction de la Pmi d’ici une décennie ». Où en sommes-nous aujourd’hui, en 2025 ? La PMI est-elle réellement en danger ?
Stéphanie Chiffoleau : La situation de la Pmi est très inquiétante, il y a une diminution des effectifs sur le terrain qui entraîne une baisse des consultations. Entre 2010 et 2022, le nombre de médecins a baissé de 3 8%, de psychologues de 20%. L’augmentation de 7% des puéricultrices et des infirmières ne permet pas de compenser le manque de médecins. L’offre de services de la Pmi se dégrade, d’autant plus que, parallèlement les besoins augmentent. Nous sommes de plus en plus sollicités par des missions autour de la protection de l’enfance qui viennent empiéter sur nos actions de prévention. Il peut s’agir de demandes de suivi d’enfants présentant des carences et des troubles importants. La gestion des informations préoccupantes absorbe aussi une grande partie de notre temps.
Dans ce contexte, les actions de prévention comme les ateliers collectifs, sont souvent les premières à être réduites, alors que ce sont souvent de véritables portes d’entrée pour les familles. Depuis les Assises de la Pédiatrie et de la Santé de l’enfant, en mai 2024, rien n’a changé. Malgré les nombreux signaux d’alerte, il y a comme une inertie des pouvoirs publics qu’on ne parvient pas à expliquer.
Selon vous, la dégradation de la PMI s’est accentuée. Pourquoi ?
La Pmi est un pilier fondamental du système de santé qui a prouvé son efficacité. Mais nous sommes embolisés par toutes les missions et disposons de moins en moins de moyens. Nous perdons des médecins en raison des départs à la retraite. Nous peinons à en recruter de nouveaux. Le métier n’est pas attractif, il y a une grande différence entre les salaires des médecins exerçant en Pmi et dans le secteur hospitalier.
La Pmi souffre de disparités territoriales très marquées avec des dépenses variables selon les départements. Certains centres sont proches des réalités de terrain et fonctionnent bien. D’autres sont présents sur des territoires plus vulnérables où vivent des personnes en grande précarité avec des pathologies associées, des troubles psychiatriques. Ces publics nécessitent un suivi plus intensif qu’une population classique, les Pmi ne disposent pas d’assez de moyens pour les aider.
Quelles sont les mesures indispensables au redressement des services de Pmi ?
La crise de l’attractivité des métiers est un défi majeur. Pour y remédier, nous avons fait plusieurs propositions, qui n’ont d’ailleurs pas été reprises dans la feuille de route ministérielle issue des Assises de la pédiatrie. Nous demandons une revalorisation générale des professionnels qui travaillent en Pmi. Il faut repenser le diplôme de puéricultrice en valorisant financièrement notre activité. Il est aussi question de revoir notre formation. Nous avons un bac+ 4 qui est reconnu comme un bac +3. Nous aimerions avoir un statut qui se rapproche de celui des infirmières en pratique avancée, avec un peu plus d’autonomie dans les consultations et dans les prescriptions. Il me paraît aussi important de travailler en amont autour des missions de la Pmi de manière à ce que l’on réponde vraiment aux besoins de la population, avec des budgets alloués.
La feuille de route des Assises de la pédiatrie a prévu des mesures sans préciser les modalités concrètes et les moyens dédiés. Nous sommes également en attente de plusieurs décrets en application de la loi Taquet de 2022. Le premier doit définir les taux de couverture populationnelle, c’est-à-dire quel est le pourcentage minimum de la population en consultation d’enfant pour un médecin, en visite à domicile pour une puéricultrice, etc. Le décret n’est jamais paru. Dans ce texte, il est aussi question des normes minimales d’effectifs pour atteindre ces objectifs. Nous proposions une puéricultrice pour 120 naissances, un médecin pour 350 naissances, une sage-femme pour 530 naissances. Ces chiffres ont été repris par les Assises de pédiatrie, c’est un bon signal. Mais maintenant, il est temps de mettre en application ces propositions. Il y a urgence.
Mobilisation nationale le 7 février
Les professionnels se mobilisent vendredi 7 février, date anniversaire de la loi Taquet pour la protection des enfants, en interpellant le ministre de la Santé, Yannick Neuder, sur l’avenir des centres de Pmi. L’opération consiste à adresser l’appel de la plateforme « Assurer l’avenir de la PMI (via un mail) au ministre, aux ARS, et aux présidents des Conseils départementaux. Un geste symbolique fort pour exiger un sursaut des pouvoirs publics alors que la situation de la Pmi ne cesse de se détériorer.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 07 février 2025