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Une étude insiste sur la forte dimension sociale de l’accueil ponctuel

Un e-ssentiel de la CNAF, publié le 18 décembre, apporte un éclairage inédit sur l’accueil ponctuel. Il s’appuie sur une recherche de terrain menée auprès de cinq lieux d’accueil ponctuel de jeunes enfants. L’étude met en évidence  la dimension sociale de ce type d’accueil, un fort engagement des professionnelles, une implication importante des familles, souvent éloignées des dispositifs d’accueil classiques.

Dans certains quartiers où les places en crèche manquent, des structures accueillent les jeunes enfants quelques heures par semaine, parfois sur quelques mois seulement. Ces modes d’accueil ponctuel restent peu visibles, rarement étudiés, mais jouent un rôle clé auprès de familles souvent éloignées de l’accueil collectif à temps plein. Menée entre octobre 2022 et juillet 2023, l’enquête s’est déroulée dans cinq structures d’accueil ponctuel, situées en région parisienne et dans le sud de la France. Haltes-garderies municipales ou associatives, garderies éphémères portées par une Scop, multi-accueil associatif : toutes accueillent des familles de milieux populaires, souvent dans des quartiers prioritaires.

La recherche a combiné observations de terrain et entretiens approfondis. Dans chacun des lieux, les professionnelles et les enfants ont été observés « en moyenne sur une douzaine de séances d’une demi-journée », précise l’étude. Des entretiens ont également été réalisés avec des gestionnaires, des acteurs locaux et des parents, « des mères pour la plupart ». La quasi-totalité des professionnelles a été interrogée, de manière individuelle ou collective. La recherche est portée par Pascale Garnier, Anne-Lise Ulmann, Catherine Bouve, Carmen Sanchez et Sophie Odena, spécialistes des questions de petite enfance, d’éducation et de travail social.

Des accueils souples et diversifiés

Toutes les structures étudiées proposent des formes d’accueil à temps partiel, définies par les chercheuses comme des accueils dont « la quotité correspond, au maximum, à la moitié d’un accueil hebdomadaire à temps plein ». Les modalités de fréquentation sont très variables : d’« une à cinq demi-journées par semaine », sur l’année ou sur des cycles trimestriels ou semestriels. Les inscriptions se font le plus souvent directement sur place, tout au long de l’année, avec une tarification adaptée aux revenus des familles, voire une gratuité dans le cas des garderies éphémères. Cette souplesse facilite l’accès à des familles, même si la capacité d’accueil limitée conduit parfois à des commissions d’attribution des places.

Un fort ancrage local et partenarial

L’un des enseignements majeurs de la recherche réside dans l’ancrage territorial de ces modes d’accueil. Souvent implantées depuis longtemps, ces structures ont construit « sur la durée le développement de liens de connaissance et de confiance avec les familles, y compris sur plusieurs générations pour les plus anciennes », indique l’étude. Cet enracinement local favorise les partenariats avec la PMI, les services municipaux de la petite enfance, les écoles maternelles, les centres sociaux ou encore des associations spécialisées. Certaines structures travaillent étroitement avec des associations en ethnopsychiatrie pour des familles migrantes en situation de précarité, d’autres avec des services socio-médicaux locaux. « De leur côté, précise l’étude : « les garderies éphémères observées sont implantées dans des centres sociaux, facilitant l’accès des mères à leurs activités et les liens avec leurs partenaires. »

Des conditions de travail plus favorables

Comparés aux crèches collectives à temps plein, les modes d’accueil ponctuel présentent plusieurs points positifs mis en avant par les professionnelles. Le taux d’encadrement, d’abord, y est plus favorable, d’autant que les enfants accueillis sont majoritairement des « marcheurs ». Les équipes disposent aussi de temps réguliers pour se concerter sans la présence des enfants, notamment lors de pauses méridiennes ou de journées dédiées à l’analyse des pratiques. « Dans le multi-accueil où les professionnelles fonctionnent par binôme de référence, deux journées par mois sont dédiées au travail en équipe et à l’analyse des pratiques, souligne l’étude. Ces temps de réflexion sont tout aussi importants à la halte-garderie municipale, où l’équipe a mis en place un dispositif collectif pour faire évoluer ses pratiques ». Ces temps de réflexion collective se révèlent très bénéfiques dans un contexte où le travail en crèche est souvent « confronté à de multiples difficultés. »

Un travail exigeant

Travailler dans un accueil ponctuel est souvent un choix assumé. Les professionnelles rencontrées évoquent un engagement fort dans un travail « à la croisée du social et de l’éducatif ». Au-delà de l’accueil des enfants, elles accompagnent les familles dans leurs démarches, leur font découvrir les ressources culturelles du quartier. « La dimension sociale des projets portés par ces structures va de pair avec une attention aux familles en difficultés qui se manifeste notamment par un souci de faire droit à leur altérité et de ne pas juger les parents à l’aune d’une « bonne parentalité », note l’étude. Une attention particulière est portée à la séparation. Accompagnée avec attention par les professionnelles, elle constitue un enjeu central, d’autant plus qu’elle est « rendue difficile du fait de l’espacement des séances ou/et de l’irrégularité de la fréquentation. » Elle est pensée comme un processus progressif, parfois long, pouvant nécessiter « la présence récurrente, voire permanente, de la mère ».

En contrepartie, ce travail exigeant, implique une charge cognitive et émotionnelle élevée. Les professionnelles doivent composer avec un grand nombre d’enfants inscrits, des fréquentations irrégulières et de multiples familiarisations tout au long de l’année. Elles évoquent le fait d’avoir « plein d’enfants dans la tête », « d’autant que chacun d’eux vit dans une famille et un environnement particulier que ces professionnelles s’efforcent de prendre en compte. » Ce sentiment est renforcé dans les garderies éphémères, « où de multiples groupes d’enfants se succèdent au fil de l’année ».

L’étude note que les garderies éphémères attirent souvent de jeunes éducatrices de jeunes enfants (EJE) récemment diplômées, qui y trouvent une relative autonomie. Cet engagement s’accompagne toutefois d’une forte fatigue, liée notamment à la préparation matérielle des lieux d’accueil. Pour certaines, cette expérience constitue un tremplin professionnel. Dans les deux haltes-garderies et le multi-accueil étudiés, la recherche relève une forte stabilité et des directions tenues également par des EJE.

Ce que recherchent les parents

Du côté des familles, la fréquentation de ces modes d’accueil relève le plus souvent d’un choix éducatif, même si elle peut aussi constituer une solution par défaut en l’absence de place à temps plein. Les parents expriment avant tout le souhait d’offrir à leur enfant une première expérience de la vie en collectivité, dans un espace pensé pour les jeunes enfants. Les attentes portent principalement sur la préparation à l’entrée à l’école maternelle : il ne s’agit pas de préparer l’enfant aux apprentissages, mais de lui faire découvrir un nouvel environnement, rencontrer d’autres enfants, se familiariser avec la langue française pour certains. Mais des contraintes demeurent. « Cette fréquentation peut s’avérer très contraignante dans le quotidien des mères, prises entre travail domestique, allers et retours à l’école pour les aînés et rendez-vous divers », indique l’étude. Les chercheuses parlent à ce propos de « miettes de garde », une expression qui souligne la fragmentation et la discontinuité de ces temps d’accueil.

Des bénéfices reconnus

Pour certaines mères, ces temps d’accueil permettent également de rompre l’isolement, de participer à des ateliers dans les centres sociaux ou d’échanger autour de la parentalité. Même lorsqu’ils ne correspondent pas à un temps de loisirs personnels, ces moments sont vécus comme des espaces ressources, tant pour les enfants que pour leurs mères. De manière générale, les parents reconnaissent les bénéfices de ce mode d’accueil pour le développement et la socialisation de leur(s) enfant(s), malgré son caractère ponctuel.

Voir le détail de l’e-ssentiel « L’accueil ponctuel en crèche : pratiques et enjeux d’un travail socio-éducatif en milieux populaires »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 26 décembre 2025

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