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Tensions lors de réunions-clefs de la petite enfance

La situation et la valse des ministres en exercice ou démissionnaires n’y sont évidemment pas pour rien, mais en cette rentrée qui n’en finit pas, les acteurs de la petite enfance ne sont pas sereins et réclament plus de transparence dans les travaux en cours. Ils oscillent entre impatience, exaspération, incompréhension et colère. Et ils le font savoir en des termes plus ou moins châtiés. Deux événements cette semaine pointent ce « ras-le-bol » du secteur : une réunion sur le titre IV en préparation et la plénière du comité de filière petite enfance.

Réunion de concertation sur le titre IV, la bronca contre la méthode est unanime

Après la réunion du 6 octobre autour du titre professionnel d’intervenant éducatif petite enfance (IEPE) la nouvelle certification de niveau IV, de la FFEC au SNPPE, tous sont d’accord : de qui se moque-t-on ? Comment peut-on parler sérieusement de concertation ? Rarement, on aura vu une telle unanimité. Sur la forme. Pas sur le fond évidemment.

Une consultation qui n’en a pas été une et un calendrier très contraint

Donc, sur la forme, le SNPPE a dégainé le premier en publiant un communiqué dénonçant « un bricolage administratif et un mépris des métiers » et regrette une « concertation vidée de tout sens ». C’est à peu près l’avis de la FFEC. Sa déléguée générale, Elsa Hervy détaille « on nous avait annoncé un document consolidé (ndlr : les référentiels) pour le 31 juillet. Document que nous n’avons jamais reçu puisqu’il n’a jamais été envoyé. On nous annonce que le document définitif sera envoyé au cabinet le 22 octobre… et que celui-ci pourra choisir de nous consulter ou pas ! Donc, s’il est envisagé de nous consulter, nous aurons 5 jours pour réagir, puisque la version finale doit être envoyée le lundi 27 octobre à la Commission professionnelle consultative (CPC) qui se réunira le 5 novembre. ».
« La FFEC, ironise sa déléguée générale, doute que ce délai en pleines vacances scolaires et avec un week-end permette une réelle prise en compte d’amélioration de ces référentiels. ». Julie Marty-Pichon Co présidente de la Fneje s’en étranglerait presque de rage… ou de désespoir ! : « Autant dire que nous n’aurons pas les textes avant les CPC ! Et on est tous d’accord pour s’insurger contre cette méthode de travail. Pourquoi, alors qu’il y a eu des arbitrages cabinet le 22 septembre (ndlr : cabinet d’une ministre démissionnaire), pourquoi on ne nous les communique pas ? Tout cela est très opaque. ».
Jean-Baptiste Frossard, directeur de projet SPPE et secrétaire général du comité de filière petite enfance, assume et nous a déclaré : « Il y a eu une concertation jusqu’en juillet. Les éléments qui nous ont été transmis, ont été, pour la plupart pris en compte. L’Afpa a dû revoir l’organisation des blocs de compétence… ce qui a pris du temps, car cela a demandé des réécritures. ». Et de souligner que le document final ne pourra pas être prêt avant le 22 octobre et que la CPC se tiendra bien le 6 novembre. Se voulant rassurant, il ajoute : « le fond de ce qui va être écrit n’est pas modifié en profondeur. Ce n’est que l’organisation des blocs qui est revue. ».
Tout va à la fois trop vite et trop lentement. Il faut aller vite, pour avoir formé des pros titulaires de ce titre avant septembre 2026, date à laquelle les micro-crèches devront absolument avoir dans leurs équipes des professionnels de catégorie 1 auprès des enfants. Et cette précipitation semble se faire, selon certains au détriment de la concertation et de la qualité de la formation proposée. Trop lentement… parce que les documents présentés en CPC mettent du temps à être réalisés et communiqués aux acteurs du secteur.

Pour rappel, après cette CPC où les référentiels de ce titre devraient être adoptés sans problème, étant donné la composition de ladite commission, il faudra qu’un arrêté instaurant officiellement le titre soit publié au Journal Officiel. Pour cela, il faut une ou un ministre, mais aussi qu’auparavant un décret en Conseil d’État ait rajouté le titre à la liste de diplômes comptant en catégorie 1 dans les EAJE. Problème, depuis la crise politique, le Conseil d’État s’est mis sur pause et les textes s’accumulent. Le fameux projet de décret se trouve parmi eux.
On le comprend, le timing est très serré d’où cette effervescence un peu brouillonne autour de sa création.

Sur le fond, des incertitudes et désaccords persistants

On le sait, ils clament depuis le début, la plupart des professionnels sont favorables à une certification de niveau IV pour compléter la filière éducative, mais ils ne veulent pas de formation ficelée à la va-vite aboutissant à un diplôme au rabais. Ils auraient voulu plus de temps de concertation et surtout que ce soit un diplôme d’Etat, voire de l’Éducation nationale, mais pas un titre professionnel.
Cela étant dit, leurs griefs se concentrent aujourd’hui sur le volume horaire et les blocs de compétentes dont ils n’ont pas encore le détail.
En revanche, la FFEC s’est toujours, elle, comme la FESP, montrée très favorable à ce que ne nouveau titre soit mis en place rapidement et soit facilement accessible à des titulaires de CAP- AEPE via la VAE.
Très précisément, le volume horaire de cette formation ne fait pas l’unanimité : 1400 heures environ dont 400 heures de stages vs 1520 heures dont 750 heures de stages pour la formation d’ auxiliaire de puériculture (AP), dont elle est censée être le pendant dans la filière éducative. Le compte n’y est pas pour le SPPE et la Fneje. Le compte y presque pour Jean-Baptiste Frossard ardent défenseur de cette nouvelle certification qui souligne que cela « correspond presque à une année de formation, ce qui est supérieur à ce qui est d’habitude en vigueur pour des titres professionnels » Et ajoute-t-il, « ce sont 1400 heures complétement dédiées au jeune enfant, alors que pour les AP, le pourcentage de temps consacré au sanitaire n’est pas anodin. » Et de conclure « la comparaison ne fait pas rougir ».

Quant aux trois blocs de compétence présentés (activités types et compétences professionnelles correspondantes), ils ne rassurent pas non plus. Pour info, ce sont :
Bloc 1 : contribuer à l’accueil des jeunes enfants et à la réponse de leurs besoins fondamentaux dans le respect de la charte nationale d’accueil du jeune enfant et du projet d’établissement.
Bloc 2. : accompagner le développement des jeunes enfants dans le respect de la charte nationale d’accueil du jeune enfant
Bloc 3 : accompagner les parents ou l’entourage des jeunes enfants dans le respect de la charte nationale de soutien à la parentalité et dans le cadre du projet d’établissement ;

Ces trois blocs et leurs compétences associées posent problème à la FNEJE : « si, par exemple l’on prend le bloc 3 note Julie Marty-Pichon, les compétences sont exactement les mêmes que celles des EJE sur le terrain.»Sous-entendu, que cherche-t-on ? À évincer les EJE du terrain, du travail auprès des enfants ? Et pour les AP, la crainte, c’est d’être sorties des lieux d’accueil, car leur formation serait jugée « trop sanitaire » et moins « adaptée » au travail en crèche.
Pour le SNPPE, « les blocs de compétence n’ont aucune cohérence d’ensemble. »
Bref, personne n’est content, et l’opacité autour des référentiels, dont le détail n’a pas été encore communiqué, n’est pas de nature à calmer les inquiétudes.

Frictions à la plénière du comité de filière petite enfance (CFPE)

En général, la plénière de rentrée du comité de filière est un moment plutôt chaleureux et positif. Chacun se retrouve, impatient de participer aux travaux et aux groupes de travail qui vont leur être présentés. La réunion du 7 octobre a été plus agitée que de coutume. Ni sérénité, ni harmonie, mais une exaspération mêlée d’une grande lassitude pour nombre de ses membres pourtant très sincèrement attachés à cette institution depuis 3 ans. Et de l’avis de beaucoup, le ton est vite monté et parfois les propos tenus, s’ils pouvaient être justes sur le fond, ont été perçus comme violents et déplacés sur la forme. Et c’est sans doute là le signe du malaise actuel.

Une présidente qui entend garder le cap.

La présidente Élisabeth Laithier avait pourtant été positive dans son discours d’ouverture, avec ce brin d’optimisme même qui la caractérise, sans minimiser cependant la complexité du contexte.
« Nous nous retrouvons en cette rentrée 2025 dans un contexte politique plus fragile et heurté encore qu’il ne l’était à notre dernière réunion de juillet. Nous en avons désormais l’habitude, mais cette situation nous oblige et exige de nous que nous restions unis et poursuivions à porter auprès des gouvernements les orientations nécessaires pour le secteur de la petite enfance. Dans ces périodes troublées, le comité de filière doit représenter un pôle de stabilité ; l’assurance et la garantie que les éléments de stratégie qui ont été posés au fil de l’année ne soient pas sacrifiés sur l’autel des aléas politiques, voire purement et simplement oubliés.
Nous pouvons nous féliciter d’avoir fait avancer le secteur de la petite enfance sur de nombreux points, y compris dans ces périodes très difficiles pour la conduite du gouvernement et les prises de décision politiques au niveau national : ne négligeons pas les fruits de notre action collective. Il n’est pas temps de reculer. Le programme de travail que nous avons élaboré pour l’année 2025/2026 reflète cette nécessité de garder le cap fixé. »

Puis, après avoir brièvement présenté les 4 groupes de travail au programme de cette nouvelle année (voir ci-dessous), la présidente du comité de filière a conclu : « vous l’aurez compris, mon vœu pour cette rentrée est que nous puissions être cet espace de stabilité et de constance qui garde le cap fixé. Mais cette stabilité n’est pas une apathie ni une mollesse : nous rappellerons ce cap avec pugnacité, vigueur et sans complaisance. Soyons une stabilité tranquille, mais ferme : les enfants le méritent, et les professionnels qui œuvrent chaque jour à leurs côtés en ont besoin. »

Tout ça pour ça !

Malgré cette entrée en matière plutôt douce, le ton est vite monté. En cause, ce sentiment partagé par de nombreux membres que ce comité de filière petite enfance ne tient plus la place qu’il avait. Alors que ses membres continuent à se réunir, que des groupes de travail « travaillent », certains ont exprimé leur sentiment qu’on ne les écoute pas, qu’on les consulte moins et que finalement, eux qui sont bénévoles pour la plupart, donnent beaucoup de leur temps pour rien. Bref, tout ça pour ça !
L’exemple qui a suscité le plus de réactions est cette fameuse campagne de communication où le spot consacré à la petite enfance en a choqué plus d’un. Comment se fait-il que le groupe communication, qui a beaucoup travaillé sur des pitchs avec des messages qu’il jugeait adéquats, ait été squeezé de la sorte. Ils n’ont pas été consultés et n’ont même pas eu la primeur de la découverte de ce fameux spot. Avec insistance, Julie Marty-Pichon en a demandé le coût. Sans obtenir de réponse.
Au fil de la réunion, moins de tensions, mais de la lassitude, avec encore un peu d’envie cependant. Muriel Gasco, présidente d’Accent Petite enfance, résume ainsi la situation. « Le comité de filière a le mérite d’exister. Il est là depuis trois ans, tous les secteurs ne peuvent pas en dire autant. Oui, moi qui étais membre du GT communication j’ai été très surprise par la campagne… mais je pense que cela ne justifie pas l’agressivité que j’ai ressentie et qui m’a mis mal à l’aise. ».Sentiment partagé par Annick Bouquet de France Urbaine.
Jean-Baptiste Frossard lui tempère : « il faut que chacun prenne en considération le contexte global dans lequel on évolue. Il faut parvenir à garder une volonté commune, nous qui défendons le secteur. On a réussi à garder le cap de la stratégie petite enfance et il faut poursuivre dans ce sens-là. Oui, il y a des choses qui n’avancent pas assez vite, mais on n’y peut rien. ». Élisabeth Laithier, elle, aime aussi à rappeler que le Comité de filière petite enfance émet des avis, énonce des propositions, vote des résolutions, mais que c’est un organisme indépendant qui n’est en aucun cas décisionnaire.

Quatre groupes de travail.

Cette année encore, un groupe de travail sera consacré à l’accueil individuel dans lequel seront abordés la formation initiale des assistantes maternelles, la formation continue, la rémunération avec un point d’étape sur la réforme du CMG, le recrutement, les missions des RPE, les missions d’intermédiation contractuelle, l’avenir des crèches familiales et le rôle des PMI. Un autre portera sur la fonction publique (les cadres d’emploi des professionnels petite enfance dans la fonction publique territoriale, les modalités de recrutement et de concours, les trajectoires de carrière, les rémunérations, etc.). Le groupe de travail sur la réforme du financement des modes d’accueil sera l’un des groupes de travail les plus en vue et pourra donner lieu à des sous-groupes. C’est, rappelons-le, un des axes forts de la prochaine COG et les systèmes de financement comme la PSU ou la Paje seront au cœur des problématiques évoquées. Enfin, un dernier groupe de travail s’intéressera à la formation : comment améliorer la formation continue, l’évaluation des compétences des professionnels, la VAE, les instituts de formation et la réforme des diplômes du travail social, etc.
Moins de groupes que l’année dernière où certains avaient regretté une trop de dispersion et de cloisonnement, mais quatre groupes aux sujets très sensibles. Ils se réuniront une fois par mois et seront composés d’un nombre restreint de personnes, sauf celui sur la formation qui restera très ouvert. Tout comme un dernier groupe intitulé points divers qui se réunira en tant que de besoin sur divers sujets souhaités par les membres du comité.
Le groupe de travail sur la garde à domicile n’avait pu conclure ses travaux avant l’été, il se réunira donc encore pour les finaliser.
Un calendrier de réunion a été soumis au Comité jusqu’à la plénière de mi-année fixée au mardi 27 février 2026.

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 12 octobre 2025

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