Le SNPPE vent debout contre le titre professionnel de niveau 4
Alors que le secteur de la petite enfance fait face à une pénurie préoccupante de professionnels, le SNPPE (Syndicat national des professionnel·le·s de la petite enfance) alerte sur le nouveau titre professionnel de niveau 4 conçu dans l’urgence, sans concertation et sans cadre clair. Un diplôme express nécessitant « moins de 750 heures de formation totale (dont 210 de stage), contre 1 540 à 3 600 heures pour les diplômes existants », dénonce le syndicat. Le ministère dément et annonce 1400 heures de formation.
Ce nouveau titre, inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), devrait entrer en vigueur à l’automne 2025. Baptisé, titre professionnel d’Intervenant Éducatif Petite Enfance (TP IEPE), il vise à combler le vide entre le CAP AEPE (niveau 3) et le diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (niveau 6). Porté par le ministère du Travail, via la DGCS, le projet doit être soumis au vote de la Commission professionnelle consultative « Cohésion sociale et santé » le 11 septembre prochain.
Diplôme express en moins de 750 heures de formation
Dans son communiqué, le SNPPE tire la sonnette d’alarme, dénonçant une réforme précipitée, mise en œuvre sans concertation réelle. Il souligne que ce nouveau titre professionnel « permettrait, en moins de 750 heures de formation, d’accéder à un métier classé en catégorie 1 du code de la santé publique – c’est-à-dire au même niveau que les diplômé·es du DEAP ou du DEEJE, par exemple. » Pour appuyer ses propos, le syndicat publie un tableau (ci-dessous) comparatif des formations existantes, dans lequel l’écart avec le TP IEPE apparaît flagrant.
Le SNPPE dénonce une « logique de formation express », mise en œuvre hors des cadres reconnus, et la juge inadaptée aux exigences du métier. Il accuse ce nouveau titre d’être conçu « pour être opérationnel rapidement, sans cadre national clair ni exigence pédagogique comparable aux diplômes existants. »
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Non-respect des référentiels qualité
Selon le SNPPE, ce titre méconnaît à la fois la Charte nationale d’accueil du jeune enfant et le Référentiel national qualité 2022, qui insistent sur l’importance d’une formation rigoureuse et d’un encadrement qualifié. Il alerte sur les conséquences concrètes à attendre : une dégradation de l’accueil pour les enfants, des tensions au sein des équipes, une pression accrue pour les gestionnaires et des incertitudes pour les collectivités.
Les exigences du SNPPE
Le syndicat estime qu’il aurait été préférable de renforcer les formations DEAP et DEEJE en mobilisant les régions, plutôt que de créer un nouveau diplôme de substitution.
En conséquence, il formule plusieurs revendications :
- Retrait immédiat du projet de Titre Professionnel IEPE
- Renforcement des formations DEAP et DEEJE : volume, qualité, accessibilité
- Mobilisation des régions pour financer davantage de places en formation
- Évolution des diplômes existants pour mieux répondre aux réalités du terrain
Le SNPPE appelle à la mobilisation de l’ensemble des professionnels. Il préconise notamment le boycott des jurys VAE si le titre est validé, ainsi que le refus d’accueillir en stage les personnes engagées dans cette formation. Le message est clair : « Nous ne laisserons pas sacrifier les exigences de qualité au nom d’une logique de quantité et de flexibilité à bas coût. »
Créer des places à tout prix, au détriment de la qualité ?
Les inquiétudes du SNPPE semblent loin d’être infondées. Pour preuve, l’intervention de la Ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, lors de la présentation par le Premier ministre des orientations budgétaires 2026. Le gouvernement affiche clairement sa volonté de créer des places d’accueil coûte que coûte, reléguant au second plan la question de la qualité. À propos de la situation démographique, la ministre déclare : « (…) Le deuxième (levier), c’est accompagner l’arrivée de l’enfant, permettre aux parents d’avoir plus de souplesse sur la garde d’enfants, c’est mieux articuler vie professionnelle et vie privée, et donc le taux d’emploi des femmes. » Elle cite ensuite la réforme du CMG et propose et d’agir sur le congé de naissance.
Le futur titre, conçu dans l’urgence, apparaît ainsi comme l’une des réponses envisagées pour ouvrir rapidement de nouvelles places. Le secteur privé marchand, échaudé par le décret encadrant les micro-crèches, pourrait ainsi tirer son épingle du jeu. En effet, depuis ces dernières années, c’est le secteur le plus dynamique en termes de création de places, notamment en micro-crèches. Ce titre professionnel pourrait les aider à retrouver cet élan.
Un volume horaire de formation d’environ 1400 heures, selon le ministère
Interrogé, le ministère se veut rassurant et indique que « le volume horaire de formation sera proche de celui des auxiliaires de puériculture, soit environ 1400 heures », sans préciser le nombre d’heures de stages. En clair, ce qui a été dit par l’Afpa au cours d’un groupe de travail constitue des éléments de réflexion autour d’un titre en cours d’élaboration et n’engage pas le ministère. Ces éléments ne correspondent donc pas forcément aux contours définitifs de cette nouvelle certification telle qu’elle sera soumise début septembre au vote de la Commission professionnelle consultative (CPC). Et le ministère d’ajouter : « il est vrai que l’Afpa a l’habitude de travailler sur des courtes formations de moins de 1000 heures… mais ce n’est pas ce qui est attendu. », d’où ce petit couac qui a provoqué un grand émoi.
Pour autant le SNPPE persiste et signe dans un nouveau communiqué (en pièce-jointe). « Dans les groupes de travail, aucun chiffre supérieur à 1 000 heures n’a jamais été évoqué, comme le confirment les documents de travail produits par l’Afpa, opérateur mandaté pour l’ingénierie.» Le syndicat dénonce le flou et l’opacité entourant ce projet. Et ajoute : « Même en admettant qu’un jour la formation atteigne réellement les 1 400 heures, une question reste entière : avec seulement 210 heures de stage prévues, cela signifierait que plus de 85 % du parcours se déroulerait en centre, sans véritable immersion professionnelle. Est-ce là la conception ministérielle d’un métier de terrain ? »
Pièce jointe :
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Candice Satara et catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 16 juillet 2025
MIS À JOUR LE 18 juillet 2025
Une réponse à “Le SNPPE vent debout contre le titre professionnel de niveau 4 ”
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Bonjour
Je suis stupéfaite de ces décisions rapides.
J’ai commencé en tant que auxiliaire de puériculture en 1997. Il était question d’élever le diplôme. C’était très bien. Pour quelle raison cela n’a jamais évolué ? Alors, que tout est possible !
Actuellement EJE depuis 2020, je cummule les AT par surcharge de travail et un Burnout où j’ai du mal a me relever depuis 1 an. En psychoterapie sur les traumatismes. Car oui, nous vivons sur le terrain des conditions d’encadrement déplorable. Je suis une femme et une professionnelle alignée dans ce que je transmets aux enfants. J’ai eu des formations où l’enfant est une personne. Un petit d homme en devenir.. j’ai connu des années lumières dans cet encadrement avec de vrais pros, engagés. Grâce à des formations complètes.
A ce jour, vu mes diplômes, je suis en poste et sur plusieurs postes à la fois.
Manque de personnel, manque de personnes engagés vrai.
Un vrai désastre…
Véronique EJE/auxiliaire de puériculture/sophrologue