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Anaëlle, EJE française en Allemagne : « 3 adultes pour 15 enfants de plus d’un an, c’est un vrai confort »

Installée en Allemagne depuis 2021, Anaëlle Souetre, éducatrice de jeunes enfants formée en France, exerce dans une crèche municipale. À Osnabrück, elle découvre une autre manière de travailler : davantage de liberté pour les enfants, des relations renforcées avec les familles et un rythme plus serein pour les professionnels. Témoignage.

Diplômée en 2019, Anaëlle Souetre décide de s’installer en Allemagne, à Osnabrück, deux ans plus tard, après des expériences peu positives en France. Pourquoi l’Allemagne ? Un stage effectué dans une structure bilingue pendant sa formation lui avait beaucoup plu. Cette expérience, combinée à son souhait de vivre à l’étranger et à sa maîtrise de l’allemand grâce à un séjour au pair en Autriche, l’a motivée à partir. Elle souhaitait aussi rejoindre sa compagne, également EJE en Allemagne.

Son premier poste, en 2021, est dans une structure municipale où les mesures sanitaires liées au Covid-19 limitent le nombre d’enfants accueillis. « Je suis arrivée dans un groupe où il n’y avait que six enfants. Nous étions trois pour six, c’était vraiment le luxe », se souvient-elle en souriant. Dès son arrivée, elle est responsable d’un groupe d’enfants : les sections par âge n’existent pas en Allemagne. Un enfant entre dans un groupe d’âges mélangés et y reste jusqu’à son entrée au jardin d’enfants (à partir de 3 ans). La jeune femme encadre une équipe constituée de deux assistantes petite enfance (équivalent à un CAP-AEPE en France). Elle n’a jamais fait reconnaître officiellement son diplôme français, les mairies ayant demandé une autorisation spéciale pour qu’elle puisse travailler.

Tous dehors par tous les temps !

À son arrivée, un élément lui saute aux yeux : « En France, je ne sortais quasiment jamais avec les enfants, observe-t-elle. Ici, les enfants passent leur temps dehors, quelle que soit la météo : ils sont équipés pour sauter dans les flaques d’eau ! » Pour elle, « cette liberté-là n’a pas de prix. Les enfants sont beaucoup plus calmes, apaisés, ouverts ». Elle est aussi agréablement surprise par l’aménagement des espaces, où les matériaux naturels, comme le bois, priment. À l’intérieur comme à l’extérieur, il n’y a pas de plastique.

Elle relève également un taux d’encadrement plus élevé, bien que variable selon les régions. « En Allemagne, on est généralement trois adultes pour quinze enfants. C’est un vrai confort. En France, j’étais parfois seule avec huit, voire quinze enfants. Ici, même quand on est deux, c’est exceptionnel, et les parents sont prévenus. » À noter que les structures accueillent peu d’enfants de moins d’un an, la majorité ayant entre un et trois ans, un facteur qui joue aussi sur la qualité de l’accompagnement au quotidien.

Dans son groupe actuellement, le plus jeune enfant a 15 mois, et le plus grand a 3 ans et demi.

Du temps pour échanger avec les parents

Anaëlle Souetre apprécie particulièrement le contact avec les parents, notamment les entretiens réguliers sur le développement de l’enfant, au minimum deux par an. « C’est vraiment ce qui m’intéresse le plus, confie-t-elle. Au départ, j’étais timide et puis, quand je me suis lancée, j’ai vraiment apprécié cette relation de confiance établie avec les parents. Ils sont d’ailleurs souvent curieux de mon expérience française ». Pour elle, ce lien renforcé avec les familles est bien plus présent en Allemagne qu’en France. « L’adaptation dure au minimum trois semaines ici, et puis il y a ces points deux fois par an avec les familles qui sont hyper importants. Minimum, parce qu’ils peuvent demander à tout moment d’avoir un entretien avec nous ».

Suite à un déménagement, Anaëlle change à regret de structure. Elle y passe un an, puis décide d’effectuer une pause pour découvrir un autre pays que tous les professionnels de l’enfance rêvent d’explorer : la Suède. Bien qu’elle n’ait pas pu y travailler en raison de la langue et de la non-reconnaissance des diplômes, elle réalise des stages et échange avec des professionnels. « J’ai eu l’occasion, pendant trois mois, de travailler dans un lieu d’accueil parent-enfant. Cette expérience a vraiment renforcé mon intérêt pour l’accompagnement à la parentalité, souligne-t-elle. Il y a en Suède une approche très axée sur le bien-être et les droits de l’enfant. J’avais déjà un regard positif sur l’enfant, mais j’ai pris conscience que nous avions encore beaucoup de retard en Allemagne comme en France. » Cette immersion lui permet d’enrichir très fortement sa pratique professionnelle.

Un quotidien apaisé, centré sur les besoins de l’enfant

Après son séjour en Suède, Anaëlle Souetre retrouve Osnabrück en 2024 et un poste d’EJE dans une nouvelle structure municipale. Elle y exerce depuis un an : « c’est vraiment chouette, confie l’EJE. Je me sens super libre, l’équipe est adorable. Nous sommes toujours trois pour un groupe de quinze enfants, et nous avons la chance d’avoir une stagiaire en plus ».

Elle avoue ressentir moins de pression et de stress dans son travail en Allemagne qu’en France, où la pénurie de personnel peut rendre les conditions difficiles. « Ici, nous avons le temps de discuter avec les enfants, le temps d’être empathique, de leur expliquer ce qui se passe. » Elle souligne l’importance du jeu libre et de l’adaptation au rythme de l’enfant en Allemagne, qui contraste avec des pratiques plus rigides qu’elle a connues dans l’Hexagone. L’âge mélangé des enfants n’est pas un frein, mais favorise au contraire la dynamique de groupe et l’adaptation aux besoins de chacun.

Anaëlle Souetre apprécie aussi beaucoup le partage d’expérience avec des stagiaires, bien qu’elle soit plus réticente à encadrer des stagiaires-éducatrices en raison des différences de formation avec le système allemand. Sur le plan relationnel, sa maîtrise de la langue lui a permis de gagner en confiance et d’être plus directe dans ses échanges avec les parents et l’équipe. « En France, j’étais beaucoup plus réservée. Ici, même si je maîtrise l’allemand, je ne prends pas des chemins détournés pour essayer de dire quelque chose, car le vocabulaire peut me manquer. Cela rend les choses finalement plus simples. »

Un bémol tout de même ? L’EJE confie que certaines pratiques culturelles la surprennent toujours, notamment autour de l’alimentation. « Les enfants grignotent beaucoup. Et consomment des aliments très sucrés, des yaourts aromatisés, des puddings, des préparations avec du chocolat. C’est nettement moins équilibré qu’en France. Mais je préfère ne pas intervenir, chacun sa culture. »

Une expérience qui change la vie

L’avenir, la jeune femme de 26 ans le voit en Allemagne. Elle est épanouie, satisfaite de son salaire – elle gagne 800 euros de plus qu’en France – et des conditions de travail. Elle conseille vivement aux personnes souhaitant partir à l’étranger de foncer. « C’est une expérience très riche, assure-t-elle. Même si ça ne marche pas, on apprend forcément quelque chose sur soi et sur le métier. » Prochaine étape ? « J’aimerais suivre une formation d’un an dans l’accompagnement à la parentalité pour être plus crédible si je veux monter un projet ici. »

Faire entendre la voix des EJE au-delà des frontières

Anaëlle Souetre a lancé la Fneje Internationale avec une autre EJE en Lettonie. L’objectif de ce mouvement soutenu par l’antenne nationale ? Créer un réseau d’échanges professionnels pour les EJE expatriées, permettre des discussions sur les pratiques et faire vivre une culture professionnelle au-delà des frontières.

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PUBLIÉ LE 01 juillet 2025

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