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En Anjou, une crèche et un RPE lancent un programme pour (re)découvrir la nature

Le RPE et le multi-accueil l’Îlot Câlin de Saint-Barthélemy-d’Anjou sont à l’initiative d’un dynamique projet autour de l’éducation par la nature. Chaque mois, de novembre à juillet 2025, parents, professionnels de crèche et assistantes maternelles peuvent désormais participer à de nombreuses activités, proposées dans le secret espoir de faire évoluer les pratiques et les mentalités de chacun dans leur rapport à la nature.

Depuis quelques années déjà, les équipes du multi-accueil l’Îlot-Câlin et du RPE de Saint-Barthélemy-d’Anjou – regroupés au sein de la Maison de l’Enfance – menaient une réflexion sur leurs pratiques professionnelles autour de la nature, à la lumière des grands textes qui encadrent l’accueil du jeune enfant. La Convention internationale des droits de l’enfant, le rapport des 1000 premiers jours, la Charte nationale de l’accueil du jeune enfant… Tous affirment que la nature joue un rôle essentiel pour l’épanouissement des jeunes enfants, et que le contact réel avec la nature est essentiel à leur développement. Plus récemment, le rapport du HCFEA alertait sur l’émergence d’une génération « coupée de l’extérieur », recommandant de stimuler les activités à l’extérieur.

Quand sortir est trop contraignant

Or, les équipes ont fait le constat qu’à la crèche comme chez les assistantes-maternelles, on ne sort pas assez avec les enfants. « Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait de nombreux freins et difficultés de l’ordre du matériel, explique Stéphanie Glinche, Educatrice de jeunes enfants et responsable du multi-accueil l’Îlot Câlin. Sortir les tout-petits pour jouer dehors demande un réel effort aux professionnelles de la petite enfance, tout particulièrement en hiver : se couvrir suffisamment, se changer parfois complètement en revenant, jongler avec les conditions météorologiques, pour un temps passé à l’extérieur très limité…  Il y a pourtant beaucoup à faire au jardin en automne et en hiver ! Les équipes ont donc réfléchi aux moyens à mettre en œuvre pour pouvoir sortir plus facilement, par tous les temps. « Comment faire pour que cette activité soit plus simple à organiser, sans que sortir ne vienne alourdir le quotidien, pour les enfants comme pour les professionnelles ? Comment le partager avec les familles et leur expliquer que vivre dehors l’hiver c’est possible et pas seulement au Canada ? », se sont-elles interrogées. 

Nouvelle responsable, nouveaux projets

Le multi-accueil et le RPE ne partaient pourtant pas de zéro. Il y avait bien un jardin potager, où les enfants de la crèche avaient l’habitude d’aller jardiner à chaque printemps depuis quelques années. Et un poulailler installé il y a deux ans à la Maison de l’enfance : Cocotte et Picotin font désormais partie intégrante des lieux d’accueil. « Ces poules sont vecteurs de nombreuses découvertes et moments de partage avec les parents et les enfants », ajoute Stéphanie Glinche. Et puis deux carrés potagers ont trouvé place dans la cour du RPE. Mais l’arrivée de Catherine Beuchard à la tête du RPE, avec ses projets en tête, va apporter un nouvel élan. « Nous avons vite compris que l’éducation par la nature serait une belle thématique sur laquelle nous pourrions nous rejoindre », se réjouit-elle. 

Patouilles d’hiver et cuisine de boue

Toutes ont donc commencé par s’équiper : de nombreuses assistantes maternelles ont investi dans des combinaisons pour protéger les enfants, éviter de salir leurs vêtements et de contrarier les parents. Le RPE et le multi-accueil se sont également équipés de combinaisons et de paires de bottes. Les services techniques de la mairie ont aménagé de grands carrés remplis de terre, à hauteur d’enfant. « Et nous avons ramené de petits ustensiles de cuisine divers, casseroles, cuillers, écumoires, glanées en ressourcerie. C’est comme cela que nous avons mis en place les patouilles hiver et cuisine de boue ! », raconte Catherine Beuchard. Le concept est simple, il suffit de laisser les enfants se saisir de ce qui leur est proposé. Toucher la terre, gratouiller, creuser, malaxer, laisser glisser entre les doigts… Et puis utiliser les ustensiles de cuisine avec la terre et l’eau. « Notre jardin – situé entre le RPE et le multi accueil – est clos et n’a pas de structure de jeu. C’est plus simple pour mettre en place ce type d’activité », précise Catherine Beuchard. 

Un programme plus large pour les parents et pour les professionnels 

Pour entrainer davantage de parents et de professionnels à (re)découvrir la nature, Catherine Beuchard et Stephanie Glinche ont décidé de lancer une série d’ateliers ouverts à tous, et pas seulement aux usagers de la Maison de l’enfance. Le programme d’activités « Les enfants ont rendez-vous avec la nature », a été donc mis en place en partenariat avec le Village Pierre Rabhi, (centre social et CCAS de la commune), avec le soutien de la CAF, du Ministère des Sports et des Jeux Olympiques, et de la commune de Saint-Barthélemy-d’Anjou. De novembre à juillet 2025, elles proposent des rendez-vous pour les tout petits (0-4 ans) ou pour les plus grands (5-11 ans) ouverts à tous, d’autres réservés aux usagers de la Maison de l’enfance ou bien tous publics.  

  • Pour les plus petits : exploration sensorielle d’automne, balades contées, découverte des ânes, sortie à la ferme pédagogique et sortie pique-nique. 
  • Avec la maison de l’enfance :  médiation animale, jardinage, parcours sensoriels et de motricité, sortie à la ferme pédagogique, patouille d’hiver, cuisine de boue.
  • Pour tous publics, un ciné-débat avec le documentaire Tous dehors (Préparons demain), une sensibilisation aux hérissons, la visite d’une ferme et chèvrerie, et la visite d’un jardin d’artiste.

Faire tomber les réticences des adultes 

En novembre, Stéphanie et Catherine ont enfilé leurs bottes et leur imperméable et animé une balade contée, ouverte à tous. « Nous avons pu montrer que même dehors, on peut raconter des histoires en observant la nature. Même l’hiver, même s’il ne fait pas chaud et qu’il pleut un peu, insiste Stéphanie Glinche. Nous avons fait voler les feuilles, ramassé des morceaux de bois… ». Pour Catherine Beuchard, il y a là un véritable défi à relever : « Il faut amener l’adulte à laisser faire l’enfant, à ne pas le freiner dans ses explorations, à lui permettre de marcher dans l’herbes, de ramasser des choses… En nous voyant, les enfants avaient envie de faire de même ! ». Mais ce n’est pas si simple. Elle explique que certaines assistantes maternelles ont encore tendance à laisser les enfants dans les poussettes. Parce que c’est plus simple, pour ne pas leur courir après, et pour éviter qu’ils n’aillent dans l’herbe trop mouillée. D’autres ont des réticences à les laisser jouer avec les feuilles et les bâtons qu’elles jugent sales. Par ces ateliers, elles espèrent les amener à découvrir cette autre manière d’être avec les enfants dans la nature… 

N’est-ce pas en montrant l’exemple que petit à petit les consciences pourront évoluer ? C’est la conviction profonde de Stéphanie et Catherine. « Nous démarrons ce projet aujourd’hui mais il ne s’arrêtera pas en 2025 ! assure Stéphanie Glinche. Nous voulons initier quelque chose de durable car ce que nous avons mis en place aujourd’hui va forcément bousculer les pratiques et donner plus de place à la nature dans nos vies. A chacun d’avancer à son rythme ! ».  

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 03 décembre 2024

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