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Labellisation Avip des assistantes maternelles : une fausse bonne idée ?
L’ouverture du dispositif Avip aux assistantes maternelles est l’une des principales nouveautés de la circulaire de la CNAF du 5 février 2026. L’objectif, louable, est d’offrir d’autres solutions d’accueil aux parents en insertion et de favoriser l’accès à l’emploi des professionnelles. Mais sur le terrain, cette extension du dispositif suscite des interrogations, voire des réticences.
Cette ouverture repose d’abord sur la volonté de reconnaître des initiatives déjà existantes sur le terrain, comme dans la Somme, qui n’a pas attendu le cadre national pour labelliser des assistantes maternelles. Elle répond également à une réalité territoriale : dans certaines zones, l’absence d’EAJE à proximité fait de l’accueil individuel la seule solution réellement accessible pour les familles. Désormais, pour atteindre le seuil de 20 % d’enfants de moins de trois ans accueillis dont les parents sont en recherche d’emploi, condition pour obtenir le label, la CNAF prévoit la possibilité de labelliser des modes d’accueil en réseau.
Pour intégrer le dispositif, les assistantes maternelles doivent ainsi être associées à une crèche ou se regrouper entre professionnelles (au moins deux) pour constituer leur propre réseau. Le fonctionnement du réseau repose en premier lieu sur la désignation d’un coordinateur, chargé d’animer et d’organiser le dispositif à l’échelle locale. Il a en charge la constitution du dossier de candidature pour l’obtention du label Avip. Dans la circulaire, le Relais petite enfance est vu comme un des acteurs les plus pertinents pour assurer cette fonction, en particulier lorsqu’il s’agit de coordonner un réseau d’assistantes maternelles. Une nouvelle mission de plus pour les RPE.
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Un fonctionnement en réseau encore flou
Pour Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam, il y a un manque de clarté sur le fonctionnement concret des réseaux et sur les modalités d’accompagnement prévues pour les professionnelles.« Qu’est-ce que cela signifie concrètement d’être conventionnée avec une crèche ? Elles sont sinon invitées à s’organiser collectivement. Et après ? » La CNAF assume cette relative souplesse. « Ce que nous avons voulu faire avec cette circulaire, c’est expliciter les objectifs et poser des principes généraux, sans aller trop loin dans la définition opérationnelle de la mise en œuvre sur le terrain. », explique Gaëlle Choquer-Marchand, directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la CNAF.
Sandra Onyszko redoute également que ce dispositif se traduise par des interventions ponctuelles, par exemple sur des horaires atypiques. « Concrètement, cela pourrait vouloir dire que, par exemple, si la crèche n’ouvre pas tôt le matin, l’assistante maternelle serait sollicitée pour accueillir l’enfant sur une courte plage horaire, par exemple de 6 heures à 8 heures. Je ne vois pas qui pourrait être intéressée. » Pour la CNAF, cette organisation n’est pas exclue, mais elle n’est pas non plus présentée comme un modèle à généraliser : la priorité restant la qualité et la continuité de l’accueil de l’enfant.
Des engagements réels
Le texte prévoit des obligations précises pour les assistantes maternelles qui souhaitent rejoindre un réseau Avip. Elles doivent notamment participer aux actions proposées par le coordinateur du réseau, signaler leurs disponibilités, accueillir régulièrement des enfants orientés dans le cadre du dispositif et assurer la continuité de l’accueil, y compris lorsque la situation professionnelle du parent évolue. Dans le Somme, c’est l’association Agena qui tient ce rôle de coordinateur. Elle est chargée de piloter et d’animer le dispositif Avip à l’échelle départementale, en accompagnant à la fois les assistantes maternelles et les crèches labellisées, en organisant les orientations des familles et en animant le réseau des partenaires du territoire.
Mais des contreparties limitées
Mais ces engagements s’accompagnent de peu de contreparties concrètes. La circulaire met en avant certains avantages comme l’amélioration de l’employabilité, l’intégration dans un réseau professionnel, la lutte contre l’isolement ou encore la sécurisation des salaires grâce à l’obligation d’utiliser Pajemploi+, qui sera de tout de même obligatoire en 2027. Autant éléments qui ne compensent pas toujours les contraintes supplémentaires liées à l’accueil de publics en insertion qui peut impliquer des contraintes particulières, notamment des horaires atypiques ou des temps d’accueil fractionnés. « L’équilibre entre les obligations demandées et les avantages proposés n’est pas satisfaisant. En tant qu’organisation nationale, cela va être difficile de défendre ce dispositif », regrette Sandra Onyszko qui souligne également qu’aucun dispositif financier n’est prévu pour inciter les professionnelles à se faire labelliser.
Pas de coup de pouce financier
C’est probablement le point le plus problématique. D’autant que dans le cas des crèches, l’accueil de familles en insertion peut avoir un impact indirect sur leur financement via le bonus mixité sociale. Pour les assistantes maternelles, la CNAF avance l’argument de l’amélioration de la solvabilité des parents via les différents différentes aides, dont le CMG. Et le fait que la réforme du CMG favorisant les familles à faibles ressources, les assistantes maternelles pourront potentiellement avoir plus de contrats. Un argument jugé insuffisant. « On leur demande des engagements supplémentaires, mais il n’y a rien derrière, ajoute la porte-parole de l’Ufnafaam. Comme toujours, cela renvoie à l’idée que les assistantes maternelles sont une variable d’ajustement : si la crèche ne peut pas le faire, on leur demandera de le faire, sans contrepartie. »
Un modèle local qui marche !
Dans la Somme, le choix a été fait de majorer la rémunération des assistantes maternelles engagées dans le dispositif AVIP. Cette majoration prend la forme d’un bonus financier incitatif, dès la signature du premier contrat Avip, versé en quatre échéances successives. Il n’est pas reconduit lors des contrats suivants. Il s’agit d’un choix fait au niveau local par la CAF, dépendant donc des priorités et des moyens financiers propres à chaque territoire. Ce que confirme Gaëlle Choquer-Marchand. « Certaines CAF font le choix, sur leurs fonds locaux, de mettre en place des aides au démarrage. Cela renvoie au choix du conseil d’administration de chaque CAF ». À noter que dans les territoires Garantie Maintien Ruralité (GMR), c’est-à-dire identifiés comme prioritaires, ce bonus peut être doublé par la MSA, afin de favoriser l’engagement des professionnelles. Pour autant, comme le souligne Clémentine Lefebvre, coordinatrice du dispositif Avip, ce n’est pas le coup de pouce financier qui constitue la principale motivation des assistantes maternelles. « Ce qu’elles recherchent, c’est vraiment de sortir de l’isolement, d’avoir quelque chose de dynamique et des évolutions sur des compétences qui ne sont pas les leurs à la base. » L’association Agena semble avoir relevé le défi de l’ouverture d’Avip à l’accueil individuel. En 2025, 69 assistantes maternelles étaient labellisées. Comme l’explique la coordinatrice, des ateliers collectifs et des temps d’échanges entre professionnelles sont actuellement « dans les perspectives » et en cours de construction, avec l’objectif, toujours, de favoriser le partage d’expériences et le développement des compétences.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 07 avril 2026