Margot, EJE française installée en Lettonie : « Je me suis sentie légitime dès le départ »
À la fin de ses études d’éducatrice de jeunes enfants, Margot Dumas originaire de Dijon, a décidé de partir travailler à l’étranger. À Riga, en Lettonie, elle vient d’achever son année en tant que responsable d’une classe de toute petite section. Une très belle expérience pour la jeune EJE qui s’est sentie reconnue, écoutée et a pu s’impliquer pleinement dans son école.
À l’origine, Margot s’imaginait professeure des écoles. Mais en explorant les différentes voies possibles dans le secteur éducatif et social, elle découvre le métier d’éducatrice de jeunes enfants (EJE). Ce qui l’attire immédiatement, c’est qu’il s’agit d’un métier du travail social. « On ne travaille pas seulement avec des enfants pour leur proposer des activités : les tout-petits sont une population vulnérable, comme les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap. Je voulais exercer un métier où l’on prend en compte leur environnement, leurs besoins fondamentaux », explique-t-elle.
Premiers pas sur le terrain : enthousiasme et désillusions
Ce positionnement la conduit ainsi à intégrer l’école d’éducateurs de jeunes enfants de Dijon. Durant sa formation, Margot multiplie les expériences de terrain. Elle effectue des stages en micro-crèche, en multi-accueil, en toute petite section d’école maternelle et dans un relais petite enfance (RPE). En parallèle, elle décide de passer le CAP Petite Enfance en candidate libre, ce qui lui permet de travailler comme aide-auxiliaire volante dans le groupe Liveli (devenu Les Petits Chaperons Rouges) durant les vacances scolaires.
Ces premiers contacts avec la réalité du métier sont mitigés. Elle garde un excellent souvenir de ses expériences en micro-crèche ou en RPE – où elle découvre un monde qu’elle connaissait peu : celui de l’accueil individuel. À l’inverse, les stages en multi-accueil lui laissent une impression plus difficile : des professionnelles fatiguées, un absentéisme important. Ces constats l’interrogent sur ses choix futurs.
De Dijon à… Riga
Durant son expérience en toute petite section, elle est frappée par l’écart entre les besoins réels des enfants et l’organisation du cadre scolaire, trop rigide. Beaucoup ne sont pas prêts : encore en difficulté pour se séparer, pour être propres, ou simplement pour investir les activités proposées. Par ailleurs, la collaboration avec l’enseignante n’est pas simple : « Elle ne connaissait pas vraiment le métier d’EJE. Nous n’avions pas la même culture professionnelle. »
Néanmoins, cette expérience est un déclencheur important : elle la conforte dans sa conviction que la présence d’une EJE dans une classe est essentielle. En parallèle, Margot nourrit un projet personnel : partir à l’étranger. Sur les conseils d’un ami qui y a fait un Erasmus, elle découvre qu’il existe à Riga une école française du réseau AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger). Motivée, elle leur adresse une candidature spontanée. La chance lui sourit : l’équipe recherche justement une EJE pour une classe de toute petite section. Avant même d’avoir obtenu son diplôme, elle reçoit une promesse d’embauche et s’envole pour la Lettonie en septembre 2024.
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Accompagner les tout-petits au-delà des mots
La jeune diplômée prend ses fonctions dans une classe de dix enfants de 18 mois à 3 ans. Un taux d’encadrement exceptionnel, bien au-delà de ce qui se fait habituellement dans cette école. « C’est très confortable, confie-t-elle. On peut vraiment prendre le temps avec chacun, faire de l’individuel. Nous étions presque une petite famille. » Elle est accompagnée par deux assistantes lettones et trouve très vite sa place au sein de l’équipe. « Je me suis sentie légitime dès le départ, observe-t-elle. On m’a fait confiance pour organiser la classe, pour apporter ce que je savais faire. Je n’étais pas là pour remplacer une enseignante ou faire du soutien, mais bien pour être éducatrice. »
Sur les dix enfants, seuls trois parlent français à la maison. Les autres sont russophones, anglophones ou parlent letton. Travailler avec des enfants allophones a été pour Margot un véritable défi. « J’ai vraiment adoré, s’enthousiasme-t-elle. Les enfants ont une plasticité cérébrale de fou ! J’ai été émerveillée toute l’année de voir à quel point ils retenaient la langue. » Elle envisage d’ailleurs de se former au français langue étrangère (FLE), afin de mieux comprendre les enjeux spécifiques liés à l’acquisition du langage dans ce contexte.
Des pratiques culturelles inattendues
Elle découvre aussi certaines différences culturelles inattendues, comme l’absence de table à langer dans l’école. En Lettonie, on change les enfants debout dans la douche dès qu’ils marchent. Margot comprend cette pratique, mais propose quand même d’installer une table à langer dans sa classe, pour que les professionnelles puissent choisir en fonction de chaque enfant. Son rôle dépasse rapidement la classe. L’EJE est aussi chargée de former les jeunes volontaires en service civique, qui viennent régulièrement en appui dans l’école, parfois sans aucune expérience de la petite enfance. Elle conçoit un petit programme de formation, et propose des temps d’échange réguliers. L’initiative est très bien accueillie et reconduite l’année suivante.
Un fonctionnement pluridisciplinaire source d’épanouissement
Au fil des mois, Margot découvre que son rôle d’éducatrice de jeunes enfants ne se limite pas à sa classe. Il s’inscrit, au contraire, dans une dynamique interdisciplinaire au sein de l’école. Elle collabore régulièrement avec la référente pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, le psychologue scolaire, la logopède (orthophoniste) et les enseignants des classes voisines. « Dans les réunions, chacun apporte sa grille de lecture : le psy, l’enseignant, la logopède, moi… et on croise nos regards, décrit-elle. C’est hyper enrichissant, et ça évite de pathologiser trop vite. »
Avec l’enseignant de petite section, elle organise des temps de décloisonnement. Il s’agit de moments partagés entre les deux classes – sa toute petite section (TPS) et la petite section (PS) – au cours desquels les enfants circulent librement entre des espaces d’activité ouverts, aménagés dans les deux salles ou dans un lieu commun. Dans sa salle, Margot prépare trois pôles d’activité différents, le jeu libre est également largement valorisé. Ce fonctionnement pluridisciplinaire lui plaît énormément. « Cela nous a vraiment permis d’avoir un regard croisé sur les enfants. Il y a des choses que j’ai pu observer chez certains que mon collègue n’avait pas forcément vues, et inversement.»
À la rentrée 2025, elle poursuivra son engagement dans l’école avec une nouvelle classe de toute petite et petite section mélangées, soit vingt enfants et quatre adultes. Elle réfléchit dès maintenant à l’organisation de la rentrée et à la période de familiarisation, qu’elle considère comme un moment clé. En Lettonie, la plupart des enfants n’ont jamais été séparés de leurs parents avant leur entrée à l’école, les congés parentaux pouvant aller jusqu’à 18 mois, voire plus.
La Suède en ligne de mire
Au-delà de cette deuxième année, Margot envisage de rejoindre la Suède avec son conjoint, franco-suédois. Elle espère y travailler dans un jardin d’enfants AEFE. Elle envisage aussi de reprendre des études pour obtenir un master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation) afin de devenir professeure des écoles et se laisser ainsi la possibilité de travailler plus facilement dans une structure française à l’étranger. « J’ai envie de continuer, de découvrir plein de choses, confie-t-elle. Je crois qu’on se met souvent des barrières à l’idée de travailler à l’étranger. En réalité, ce n’est pas si compliqué. »
Faire entendre la voix des EJE au-delà des frontières
Margot Dumas a lancé la Fneje Internationale avec une autre EJE en Allemagne. L’objectif de ce mouvement soutenu par l’antenne nationale ? Créer un réseau d’échanges professionnels pour les EJE expatriées, permettre des discussions sur les pratiques et faire vivre une culture professionnelle au-delà des frontières.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 21 juillet 2025