Marie-Ange, assistante maternelle en MAM : « Deux de mes anciennes stagiaires ont choisi ce métier »
Depuis plusieurs années, Marie-Ange accueille régulièrement des stagiaires au sein de sa maison d’assistantes maternelles (MAM), à Petit-Quevilly. Pour cette assistante maternelle expérimentée, ces immersions sont bien plus qu’une case à cocher dans un parcours de formation : elles sont un moyen précieux de faire découvrir un métier en panne d’attractivité.
« Notre volonté, ma collègue et moi, c’est de partager notre métier, notre vision du métier », confie d’emblée Marie-Ange, assistante maternelle depuis vingt-trois ans. Pour cette professionnelle de la petite enfance, accueillir des stagiaires n’est ni une contrainte ni une simple formalité administrative. C’est une manière de faire découvrir un métier qu’elle estime encore trop peu connu, mais aussi de transmettre une expérience construite au fil des années. Au sein de la MAM « La Maison Enchantée », dans laquelle elle exerce depuis treize ans, Marie-Ange accueille avec ses collègues en moyenne trois stagiaires par an. Une partie d’entre eux est orientée par le Greta (Groupement d’établissements de l’Éducation nationale) voisin, qui forme chaque année plusieurs promotions de CAP AEPE et connaît désormais bien la structure.
Des CAP AEPE en majorité
Même si la majorité des stagiaires accueillis à la MAM prépare le CAP Accompagnant éducatif petite enfance (AEPE), les parcours sont souvent très différents. « J’ai eu un peu tout », confie l’assistante maternelle : des collégiens venus effectuer leur stage de troisième, des demandeurs d’emploi en reconversion, des adultes souhaitant confirmer un projet professionnel. Avec l’expérience, elle a toutefois choisi de privilégier les stagiaires engagés dans un véritable parcours de formation, en particulier le CAP AEPE. « Les stages sont plus longs et permettent un accompagnement plus intéressant », explique-t-elle. Pour obtenir leur diplôme, ces étudiantes doivent réaliser plusieurs périodes de stage obligatoire auprès de jeunes enfants. « Beaucoup veulent être ATSEM ou travailler en crèche. Être assistante maternelle, c’est très à la marge », regrette-t-elle.
Découvrir la réalité du métier
Pourtant les périodes d’immersion peuvent vraiment changer le regard sur le métier et susciter, parfois, des vocations. « Elles voient comment fonctionne une MAM, comment on accompagne les enfants au quotidien, comment on travaille avec les familles. », explique Marie-Ange. Les stagiaires observent les temps de jeu, les repas, les siestes, les activités d’éveil et les interactions avec les parents. « Souvent, elles doivent mettre en place une activité. Elles réfléchissent à un projet, préparent le matériel et animent un atelier avec les enfants. », ajoute-t-elle.
En revanche, certaines tâches restent réservées aux professionnelles. « Elles ne portent pas les enfants, ne réalisent pas les changes et ne sont jamais seules avec eux ». Cette organisation rassure les familles, dont l’accord est systématiquement recueilli. Pour éviter toute surprise, Marie-Ange et ses collègues abordent la question de l’accueil de stagiaires dès les premiers entretiens avec les parents. Ainsi, lorsqu’une demande se présente, les familles connaissent déjà le fonctionnement de la structure
Une expérience qui enrichit aussi les pros
Si Marie-Ange continue à accueillir des stagiaires malgré le temps nécessaire à leur accompagnement, c’est parce qu’elle estime que ces expériences lui apportent autant qu’elles apportent aux futures professionnelles. « Quand on travaille, on ne réfléchit pas forcément à chaque geste. Mais quand quelqu’un nous demande pourquoi on fait les choses comme ça, on est obligé de réfléchir, de prendre du recul. Pourquoi on organise l’espace de cette manière ? Pourquoi on fait de la motricité au sol ? » Les questions des stagiaires amènent les assistantes maternelles à analyser leurs pratiques et à mettre des mots sur leur savoir-faire. Marie-Ange compare volontiers cette prise de recul à celle que lui apportent les formations continues qu’elle suit régulièrement.
Ce travail de réflexion est d’autant plus essentiel que le métier a profondément évolué au fil des années. « Quand j’ai commencé, on parlait surtout de garde d’enfants, reconnaît-elle. Les enjeux ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Les réflexions portent désormais sur la qualité d’accueil, le développement de l’enfant, l’accompagnement à la parentalité. » Les stagiaires arrivent eux-mêmes avec des connaissances actualisées issues de leur formation. « Parfois ils nous bousculent un peu. Ils nous amènent à regarder certaines choses autrement. Et c’est très bien.», confie l’assistante maternelle.
Quand la stagiaire rejoint la MAM
Parmi les nombreuses personnes accueillies au sein de la MAM, certaines ont marqué Marie-Ange plus que d’autres. Elle évoque une jeune femme femme d’une quarantaine d’années engagée dans une reconversion professionnelle. Son projet : devenir assistante familiale. Elle préparait un CAP AEPE à distance et recherchait un lieu de stage. Sa lettre de motivation avait convaincu l’équipe et l’expérience ensuite s’était révélée très positive pour toutes les parties. Plus récemment, c’est Priscilla qui a particulièrement marqué Marie-Ange. La jeune femme arrive une première fois dans le cadre de son CAP. À l’époque, elle envisage davantage une carrière en crèche qu’en accueil individuel. Son implication saute aux yeux de l’équipe. La jeune fille pose des questions, observe, cherche à comprendre le fonctionnement de la structure. « On voyait qu’elle avait envie d’apprendre. », se souvient Marie-Ange.
À l’issue de sa première période de stage, elle reste en contact avec l’équipe. Puis, quelques mois plus tard, elle revient effectuer une nouvelle immersion. Peu à peu, l’idée d’une collaboration prend forme. Après l’obtention de son CAP, Priscilla entreprend les démarches pour obtenir son agrément d’assistante maternelle et décide de rejoindre la MAM. Marie-Ange et sa collègue ont choisi de l’accompagner progressivement dans sa prise de fonction. « Nous avions convenu qu’au départ, elle n’accueillerait que deux enfants », raconte-t-elle. À la rentrée, la jeune femme devrait accueillir un troisième enfant. À seulement 26 ans, Priscilla est désormais l’une des trois professionnelles de la MAM. Une histoire dont Marie-Ange parle avec une pointe émotion. « Deux de mes anciennes stagiaires sont devenues assistantes maternelles. Ce n’est pas un hasard. »
Clarification du rôle de la PMI concernant l’accueil de stagiaires
Si l’accueil de stagiaires est une pratique bien installée dans certaines MAM, Marie-Ange constate qu’elle reste parfois mal connue, voire mal comprise. Elle évoque la réticence de certaines PMI « comme si les assistantes maternelles étaient moins légitimes que d’autres professionnelles de la petite enfance pour accompagner ou former des stagiaires.» Pourtant, les stages sont encadrés : convention de stage, accord des parents, assurance adaptée, respect du caractère observatoire du stage.
La récente publication par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) d’une fiche pratique consacrée à l’accueil des stagiaires chez les assistantes maternelles vise justement à clarifier les règles. Le document rappelle notamment qu’aucune autorisation préalable de la PMI n’est nécessaire pour accueillir un stagiaire et encourage les services de PMI à faciliter ces démarches plutôt qu’à les freiner. Pour Marie-Ange, cette clarification va dans le bon sens. « Plus on fera découvrir notre métier, plus on donnera envie à de nouvelles personnes de s’y engager. »
Préparer l’avenir
Marie-Ange regarde aujourd’hui le parcours de Priscilla avec une certaine fierté. Sa collègue prendra sa retraite dans deux ans. Elle-même estime avoir encore une dizaine d’années devant elle. Lorsqu’elle évoque l’avenir de la structure, elle n’a pas de doute :« On compte bien lui transmettre la MAM. »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 05 juin 2026