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PMI, politique des 1000 jours : où en est-on depuis les Assises de la pédiatrie de mai 2024 ?
Le 23 avril 2024, la professeure Christèle Gras-Le Guen et Adrien Taquet, ancien secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, remettaient leur rapport « Investir dans la santé de l’enfant : une urgence nationale » à Frédéric Valletoux, alors ministre de la Santé et de la Prévention. Un mois plus tard, les Assises de la pédiatrie et de la santé de l’enfant s’ouvraient au CESE, donnant lieu à une feuille de route ambitieuse. Près d’un an après, nous avons fait un point d’étape avec Adrien Taquet et Jean-Benoît Dujol, directeur général de la cohésion sociale (DGCS) lors du Printemps de la Petite Enfance, le 17 mars dernier.
Dans sa feuille de route présentée à l’issue des Assises, Frédéric Valletoux avait annoncé plusieurs mesures ou chantiers ayant trait à la petite enfance : création d’un référentiel qualité pour l’accueil du jeune enfant, soutien aux projets innovants, déploiement de la politique des 1000 premiers jours sur tout le territoire — notamment en Outre-mer — ainsi que des actions sur la PMI, la formation à la santé environnementale, le repérage des troubles du neurodéveloppement (TND), la prévention des risques liés aux écrans, etc.
Un an plus tard, où en sommes-nous ? Adrien Taquet rappelle que « les Assises ont été un point de départ » et que « le processus est en cours, même si le comité de suivi n’est pas encore installé ». Il espère son annonce avant le premier anniversaire de la feuille de route, indiquant qu’un prochain rendez-vous avec Catherine Vautrin est programmé. Il tient également à saluer l’engagement des professionnels : « 25 tables rondes, plus de 120 auditions et 2 000 contributions écrites… Les Assises ont insufflé une dynamique positive autour de la santé de l’enfant. »
Des mesures concrètes déjà engagées
Parmi les 350 recommandations issues des Assises, plusieurs mesures concernent directement les jeunes enfants. Adrien Taquet cite sans être exhaustif :
- la généralisation de la vaccination contre le VRS (bronchiolite) pour les nourrissons et les femmes enceintes ;
- l’élargissement du dépistage néonatal à de nouvelles pathologies comme la drépanocytose ou l’amyotrophie spinale proximale ;
- la mise en place de deux examens obligatoires de repérage des TND, à 9 mois et à 6 ans, pris en charge par l’Assurance maladie ;
- le nouveau carnet de santé, disponible depuis le 1er janvier 2025.
D’autres mesures moins connues du grand public, mais tout aussi structurantes, sont également en cours : développement des équipes mobiles en néonatologie, hospitalisation à domicile en pédiatrie (objectif : 10 000 enfants de moins de 3 ans concernés d’ici 2027), amélioration de l’accès aux soins pour les enfants en situation de handicap, ou encore généralisation du dispositif « Santé Protégée » dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Des chantiers urgents
Adrien Taquet se dit optimiste, mais aussi « éternel insatisfait ». « La feuille de route est restée en deçà sur certains sujets où nous avions beaucoup investi. Certains projets nécessitent un portage politique fort pour aboutir », avant d’ajouter « l’instabilité politique récente n’a pas facilité les choses. » Selon lui, la PMI et la santé scolaire sont les deux chantiers prioritaires. « Soit on reste figé derrière des totems, soit on affronte le réel et on agit », invoque-t-il.
Sauver la PMI en la recentrant sur les 0-3 ans
Comment la réformer et la revitaliser alors que les alertes sont nombreuses? Adrien Taquet préconise de recentrer les moyens et les énergies sur la période cruciale des 1000 premiers jours. Une mesure proposée dans le rapport. Selon lui, c’est la seule voie pour sauver la PMI. En pratique, il s’agirait de transformer les PMI en maisons des 1000 jours. « Ce n’est pas juste un changement d’appellation, soutient-il. Ça ancre les 1000 premiers jours dans le paysage politique et administratif et c’est valorisant pour les professionnels de se dire qu’ils incarnent cette politique. » Des maisons des 1000 premiers jours et qui devront être, comme les PMI aujourd’hui, une offre de services publique, gratuite et universelle.
Cette réforme devrait, selon lui, être articulée avec celle de la santé scolaire, via la création d’un grand service de santé scolaire, coordonné entre PMI, hôpitaux, médecine libérale et universités. Il pointe également les disparités de rémunération entre médecins de PMI/scolaires et PU-PH hospitaliers, qu’il faudra corriger pour attirer les jeunes médecins.
Relancer une politique des 1000 premiers jours ambitieuse
Jean-Benoît Dujol partage la même conviction qu’Adrien Taquet sur l’importance de la politique des 1000 premiers malgré les aléas politico-administratifs des dernières années. « La politique des 1000 premiers jours s’est ancrée dans les pratiques administratives et de terrain depuis quatre ans, souligne-t-il. Et nous souhaitons relancer une nouvelle stratégie dans une optique totalement interdirectionnelle et interministérielle. C’est une demande que nous avons faite aux ministres chargés de ces politiques publiques, elle passera en effet par un portage politique fort, surtout si on veut aller aussi loin que l’a évoqué M. Taquet. »
Plusieurs actions ont déjà été déployées, rappelle-t-il.
- l’entretien prénatal précoce, en forte progression ;
- l’outil d’auto-évaluation psychologique « 1000 jours – Blues » ;
- le développement des unités mobiles de psychiatrie périnatale ;
- l’allongement du congé paternité à 28 jours depuis juillet 2021 ;
« Faciliter l’investissement du deuxième parent, le père, c’est clairement une mesure qui s’inscrit dans les 1 000 premiers jours », assure le directeur de la DGCS. Pour renforcer la politique de soutien à la parentalité au sein de la DGCS, Pierre Stecker a, par ailleurs, rejoint cette administration centrale en qualité de directeur de projet chargé du soutien à la parentalité et de la démarche des « 1 000 premiers jours de l’enfant ». Un bilan de la feuille de route 2021-2023 doit être publié prochainement.
Focus sur les « Maisons des 1000 premiers jours » en Outre-mer
S’agissant des Maisons des 1000 premiers jours, recommandées par le rapport Cyrulnik (2020), portées par les PMI comme le souhaite Adrien Taquet, leur déploiement a été recentré sur l’Outre-mer, pour des raisons budgétaires. « Nous avons fait un appel pour sélectionner des projets en Outre-mer, indique Jean-Benoît Dujol. Ces lieux associeront l’ensemble des acteurs du territoire spécialisé en périnatalité, dont les PMI, mais aussi les acteurs de l’accompagnement social et du soutien à la parentalité, dans le contexte sanitaire spécifique des Outre-mer.
PMI : des avancées lentes, mais en cours
Concernant la PMI, Jean-Benoît Dujol admet des progrès timides : « C’est une politique publique décentralisée. Le vrai enjeu, c’est le pilotage national. Des textes sont prêts et en attente d’arbitrage ministériel.»
TND : vers un diagnostic plus précoce
Au sujet des troubles du neurodéveloppement, la nouvelle stratégie nationale 2023-2027 met notamment l’accent sur un diagnostic précoce et une scolarisation adaptée, rappelle Adrien Taquet. Étienne Pot, le délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement est en train de déployer sa feuille de route. Adrien Taquet insiste sur un autre enjeu : celui du zéro reste à charge pour les familles afin de réduire le frein économique à l’accès à des interventions précoces et adaptées.
2025 : vers un pilotage renforcé
Le premier jalon de cette feuille de route est justement son pilotage, rappelle Adrien Taquet. Un comité national pour la santé de l’enfant doit être installé, composé de membres du comité d’orientation et de représentants d’usagers. Son installation, initialement prévue dans l’année suivant les Assises, est toujours attendue. Adrien Taquet rappelle enfin le rôle majeur de la Cnaf, des Caf et de l’Unaf dans le déploiement de la politique des 1000 premiers jours, aux côtés de la PMI.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 03 avril 2025