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Table ronde 3. La réforme des modes d’accueil profite-t-elle aussi aux assistantes maternelles ?
Les assistantes maternelles représentent le premier mode d’accueil formel en France. Et pourtant, nombre d’entre elles ont le sentiment d’être dévalorisées de passer après les professionnels de l’accueil collectif. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé à cela. La réforme des services aux familles va-t-elle améliorer leur situation et redonner de l’attractivité à leur métier ? A l’issue de cette table ronde, on peut en douter… Avec Sonny Perseil, Sociologue, auteur du « Scandale des assistantes maternelles » ; Sandra Onyszko, Porte-parole de l’Ufnafaam ; Françoise Näser, Assistante maternelle, chroniqueuse pour le site Les Pros de la Petite Enfance ; Liliane Delton, Secrétaire générale du syndicat UNSA Proassmat ; Marie Legendre, Présidente de l’ANRAMAM et Jean-François Pierre, Adjoint à la cheffe de bureau Familles et Parentalité, sous-direction Enfance et familles, DGCS.
Réforme des modes d’accueil : des avancées certaines mais insuffisantes
Jean-François Pierre, adjoint à la cheffe du bureau des familles et de la parentalité à la DGCS, a rappelé que « la réforme apportait des réponses à un certain nombre de questions » comme l’autorisation d’administrer les médicaments, l’accès à la médecine du travail, faciliter les remplacements pour les départs en formation, donner une référence nationale avec la Charte nationale d’accueil du jeune enfant ou encore l’accompagnement renforcé via les RPE. Des progrès certes mais des inquiétudes voire des regrets.
Ainsi, Françoise Näser, assistante maternelle depuis 20 ans, estime que les intentions sont louables mais elle reste vigilante sur la mise en œuvre. Et insiste sur le fait que la levée des restrictions d’agrément serait une grande avancée. Elle en profite aussi pour dénoncer un problème d’information et de communication car « les assistantes maternelles (NDLR : autour d’elle) ne sont pas au courant de cette réforme ». De son côté, Sonny Perseil, sociologue et auteur du « Scandale des assistantes maternelles » juge que si la réforme va dans le bon sens, il est dommageable que certains points n’aient pas été traités et dénonce : « juridiquement la profession n’est pas reconnue comme une autre profession (…), elle ne bénéficie pas des principes protecteurs du droit du travail comme le SMIC. » Toutefois, il juge l’accès à la médecine du travail comme un progrès important mais se demande quand ce sera effectif.
Liliane Delton, secrétaire générale de l’UNSA Proassmat, a donné la réponse : du fait de sa complexité à être mise en œuvre, elle ne serait pas opérationnelle avant 2024-2025. En outre, il n’est prévu qu’une visite en télémédecine tous les 5 ans. Autre point : contrairement aux autres professions, c’est la branche qui va s’occuper de son application. « Là encore c’est un entre-deux (…) je ne suis pas sereine ni optimiste qu’on ait donné la main à la branche professionnelle, il fallait garder l’indépendance de la médecine du travail pour ces salariés », a regretté Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam. Quant à Françoise Näser, elle exprime des craintes : « Les médecins seront-ils formés aux spécificités de notre métier ? »
Et la peur du retrait d’agrément est bien là estiment aussi bien Françoise Näser que Liliane Delton. Après la médecine du travail, nos invités n’ont pas manqué discuter « moyens ».
Ainsi, pour Sandra Onyszko, « la montée en compétences est logique mais la question derrière est celle des moyens ». Des moyens, il en faut selon Liliane Delton, qui se dit notamment « globalement satisfaite sur le fait qu’il n’y ait plus de restrictions d’âge pour l’obtention de l’agrément ». Et pour les RPE aussi, il en faut plus de moyens d’après Marie Legendre, présidente de l’ANRAMAM, car sinon avec leurs nouvelles missions les RPE auront moins de temps pour les assistantes maternelles. « Je nourris beaucoup d’espoir sur les RPE pour aider à la professionnalisation des assistantes maternelles », a en revanche indiqué Liliane Delton. Et estime que les professionnelles doivent aussi pouvoir partir en formation sur leur temps de travail. Plus globalement, Marie Legendre, considère que la réforme « peut profiter aux assistantes maternelles ». Elle pense toutefois que « des avancées parallèles doivent être mises en place » comme l’instauration d’un reste à charge identique entre accueil collectif et individuel.
La crainte de la PMI persiste
Sur la question de fluidifier les rapports entre les assistantes maternelles et la PMI, Jean-François Pierre explique que le fait que les règles soient plus simples, plus claires, permet « d’espérer qu’il y ait moins de discussions sans fin. » Et pour « régler ce problème de diversité des interprétations (…), pour faciliter le dialogue entre les différentes parties (…) ont été institutionnalisés des comités départementaux de services aux familles », a-t-il poursuivi. Pour autant, une inquiétude avait été soulevée, notamment par l’Unsa-Proassmat, selon lequel, certaines PMI continueront à appliquer la restriction d’âge alors même qu’elle n’est pas prévue par les textes. Mais finalement certains départements appliquent déjà la réforme sans restriction d’âge. Une bonne nouvelle pour Liliane Delton qui signale quand même « des difficultés avec certaines PMI plus dures » et reproche aux puéricultrices d’avoir « tendance à interpréter les lois à leur façon. » Selon Sandra Onyszko, « c’est plus un problème de personne et il ne faut pas stigmatiser les services de PMI ». Et si Françoise Näser propose de séparer les missions, c’est-à-dire l’accompagnement, le suivi et le contrôle, Sonny Perseil estime qu’il conviendrait « d’associer aux puéricultrices des assistantes maternelles (…) dans le processus d’évaluation et de contrôle. »
Attractivité du métier : des pistes de solutions
Au regard des réactions des différents participants à cette table ronde, la réforme aura semble-t-il peu d’effets sur l’attractivité du métier. Alors comment faire pour éviter les départs et attirer de nouvelles personnes ? Quels sont les leviers d’action ?
Sandra Onyszko : « On parle souvent de la personne et pas du mode d’accueil (…) si ça rassure les familles, ça ne les séduit plus. Il faut partir de la qualité de ce mode d’accueil (…), l’expliquer aux familles (…) il faudrait que le national s’en occupe. »
Sonny Perseil : « Je ne vais pas être original, je vais dans le même sens, une reconnaissance qu’il s’agit d’une véritable profession à part entière. »
Liliane Delton : « Il faut les prendre pour des vraies professionnelles et les traiter comme telles. »
Marie Legendre : « Pour être considérée comme professionnelle cela va passer par le diplôme (…) il faut aussi faciliter la formation continue. »
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 04 octobre 2021