À la Forest School, une crèche découvre les bienfaits de la « climatisation naturelle »
Julie Vincent, éducatrice de jeunes enfants et directrice d’une crèche municipale à Brignais (69), a emmené à trois reprises cette année les enfants passer la journée dans une aire forestière aménagée, une forest school où chacun évolue librement. Lors de la dernière sortie, en pleine canicule, enfants et professionnelles ont découvert la fraîcheur offerte par les arbres. Retour sur cette belle expérience.
Avant la sortie, Julie Vincent, directrice de la crèche municipale « ABri’Co » avait appelé la responsable du lieu pour échanger sur les conditions météorologiques. L’équipe avait prévu d’adapter la journée si nécessaire : rester le matin, déjeuner sur place, puis regagner la crèche climatisée si la chaleur devenait trop difficile à supporter. Plusieurs familles avaient même préféré renoncer à la sortie en raison des températures annoncées. Mais, une fois sous les arbres, le scénario ne s’est pas déroulé comme prévu. « Au final, on était au top. On était vraiment bien sous les arbres. Et on n’avait pas du tout envie de partir », raconte la directrice de la structure. Il a même fallu surveiller l’heure : les parents attendaient le retour des enfants à 16 h 30. La première surprise de cette journée caniculaire a donc été thermique. À quelques kilomètres du béton et des espaces exposés au soleil, la forêt a offert au groupe un véritable refuge. Le groupe a déjeuné dehors et également fait également la sieste dans la forêt. « Les enfants se sont régalés et nous aussi », confie la directrice.
Dix-sept enfants pour une journée en forêt
Hulotte et Barboulotte est ce qu’on appelle une forest school, elle accueille les enfants de tous les âges et les adultes en forêt, par tout temps, et propose ateliers nature, jeu libre, observations. C’est la troisième fois que la crèche de Julie Vincent s’y rend. Après une première expérience concluante l’année précédente, le groupe y est retourné au printemps, avant cette nouvelle sortie organisée en juin, en pleine vague de chaleur. « Nous étions six adultes pour dix-sept enfants, il fallait qu’on soit suffisamment nombreux pour que la journée se déroule dans de bonnes conditions. », indique la directrice.
À leur arrivée, enfants et professionnelles se retrouvent autour de rondins de bois. La personne qui les accueille présente le lieu, ses différents espaces et les quelques règles nécessaires. Puis vient l’essentiel de la journée : le jeu libre et l’exploration. Un grand bac rempli de terre permet aux enfants de creuser et de transvaser à l’aide de cuillères et de différents ustensiles. À proximité, la mud kitchen, ou cuisine de boue, met à leur disposition passoires, tasses et pinces. Avec un peu d’eau et de terre, ils peuvent patouiller et multiplier les expérimentations – pour leur plus grand plaisir. « Les enfants n’ont pas du tout éprouvé cette sensation de chaleur, observe Julie Vincent. Je pense qu’il existe un décalage entre le rapport de l’adulte à la chaleur et celui de l’enfant. Les petits s’adaptent plutôt bien. Ils vont continuer à bouger tandis que les adultes se mettent à l’économie. »
La forêt, refuge pendant les fortes chaleurs
Formatrice et consultante spécialisée dans l’aménagement naturel des espaces de la petite enfance, Marina Lemarié a visité cette même Forest School quelques jours après le passage de la crèche « ABri’Co ». Elle confirme la sensation éprouvée dès l’arrivée : « C’est vraiment la forêt, ce n’est pas un champ avec deux ou trois arbres. Il y fait véritablement frais, avec tous les effets de climatisation naturelle. »
Elle rapporte également les réactions d’enfants un peu plus âgés, accueillis sur place pendant un épisode de très forte chaleur. Inquiets, certains parents avaient préféré garder leur enfant chez eux. Ceux qui avaient participé à la journée s’étaient, eux, immédiatement réjouis de la différence de température. « Ils m’ont dit “Qu’est-ce qu’on est bien ! On va le raconter aux copains qui ne sont pas venus et qui sont restés enfermés. » Il s’agissait d’enfants vivant en cité, qui n’avaient probablement pas tous accès à un espace extérieur ou à un îlot de fraîcheur près de chez eux. Pour Marina Lemarié, l’apaisement observé ne tient pas à la seule présence des arbres. Au-delà de la climatisation naturelle, « le maître-mot, c’est vraiment la liberté : la liberté d’action dont les enfants disposent sur place. Plus ils évoluent dans un environnement naturel et plus on leur laisse de liberté, mieux cela se passe, même lorsqu’ils sont nombreux. », insiste-t-elle, avant d’ajouter : « Il devrait exister davantage de lieux de ce type. » Convaincue, Julie Vincent retournera dans la forêt avec les enfants cet automne. Cette fois les bottes et les combinaisons de pluie seront de sortie et les enfants pourront découvrir un nouveau visage de la forêt.
Pas de pleurs, pas de cris
La fraîcheur n’est pas le seul bénéfice de la forêt. L’espace disponible modifie les relations entre les enfants. « Il y a beaucoup moins de conflits que ce qu’on peut avoir dans une crèche ou dans un jardin de crèche, où ils sont peut-être un peu plus les uns sur les autres », observe Julie Vincent. Cette expérience a fait réfléchir la responsable de la structure. « On se dit qu’on manque d’espace et de possibilités dans nos structures, à l’intérieur comme à l’extérieur, reconnaît-elle. Je pense que, d’une certaine manière, nous enfermons un peu les enfants, même lorsqu’ils sont dehors. » Quant aux professionnelles, elles aussi se disent apaisées par la foret malgré l’organisation que demande la sortie. Elles interviennent moins et disposent de davantage de temps pour observer les enfants évoluer librement.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 27 juillet 2026