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Relancer l’accueil individuel : le défi de la Seine-Saint-Denis
La Seine-Saint-Denis s’engage pour le développement de l’accueil individuel à travers une meilleure reconnaissance du métier et une montée en compétences des assistantes maternelles. Un travail collectif mené par le Département en partenariat avec les villes et les associations. Le point sur les actions menées.
La réflexion sur l’accueil individuel en Seine-Saint-Denis n’est pas nouvelle. Depuis 2011, le nombre d’assistantes maternelles n’a cessé de baisser dans ce territoire qui affiche le plus fort taux de natalité de France. En 2022, le taux de couverture en accueil individuel était de 35,3 % contre 58,8 % au niveau national.
Les facteurs expliquant cette baisse sont nombreux : une densité urbaine élevée limitant l’installation à domicile, des revenus plus faibles dans le département réduisant la demande, des difficultés à soutenir la reprise d’activité des assistantes maternelles en pause ou arrêt et enfin un manque d’attractivité du métier, souvent jugé difficile. « Il y a sans doute un facteur qui est moins visible, ajoute Myriam Bouali, Directrice enfance et familles au Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Une forme de préférence pour l’accueil collectif en zone urbaine, alimentée par une image moins valorisée de l’accueil individuel et une certaine méfiance également. »
Mobilisation du département
Face à cette baisse, et à l’aggravation autour de 2021–2022, le département, via les PMI, en lien avec les communes (Rpe), a mis en place des actions spécifiques pour soutenir et valoriser l’accueil individuel. La Seine-Saint-Denis dispose d’un réseau de PMI très dense et bien implanté sur le territoire. Ce qui permet de garantir une présence de proximité pour les assistantes maternelles. Dans ce cadre, le département veille à clarifier et renforcer le rôle des professionnels de PMI. « Nous essayons de les faire monter en compétences sur l’accompagnement des assistantes maternelles à la fois sur le sujet agrément et contrôle », souligne Myriam Bouali. Des réunions d’information régulières sont organisées localement, en lien étroit avec le PIPEP (Pôle Innovation Petite Enfance et Parentalité) et les équipes de PMI.
Le samedi 17 mai 2025, le département de Seine-Saint-Denis a organisé à Bobigny, la 1ʳᵉ journée pédagogique et professionnelle des assistantes maternelles. Un événement d’envergure qui a rassemblé plus de 600 assistantes maternelles. Et le 14 juin une grande braderie aura lieu à la Cité Fertile de Pantin. L’objectif : permettre aux assistantes maternelles d’obtenir ou de renouveler leur matériel à moindre coût.
Le PIPEP, un acteur central dans le développement de l’accueil individuel
Il existe également des dispositifs expérimentaux en Seine-Saint-Denis comme le PIPEP (Pôle d’Ingénierie pour les Projets d’Équipements de la Petite enfance). Le PIPEP, rattaché au département, porte la mise en œuvre opérationnelle des politiques publiques en matière de petite enfance et parentalité et il dispose d’une expertise spécifique sur l’accueil individuel. L’organisation pilote la mise en œuvre des dispositifs d’accompagnement à destination des assistantes maternelles, met en œuvre les priorités du département et fait le lien entre les services départementaux, les partenaires institutionnels, les acteurs sur le terrain (Rpe, communes), et les assistantes maternelles.
Dans ce cadre, il a, par exemple, organisé cette année avec la commune nouvelle de Saint-Denis, fruit de la fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine depuis le 1er janvier 2025, une réunion d’information à destination de toutes les assistantes maternelles pour présenter le dispositif des Mam. La commune nouvelle de Saint-Denis est elle-même très mobilisée. Elle organise le 14 juin la 2ᵉ édition du Forum de l’accueil individuel pour les assistantes maternelles avec un temps de speed dating entre parents et assmat. « L’objectif est à la fois d’informer les parents sur les différentes possibilités d’accueil pour leurs enfants et de créer un espace d’échange entre les assistantes maternelles, les Rpe, la Caf et le service municipal de la petite enfance », explique Alice Rongier, adjointe au maire à la petite enfance de Saint-Denis.
Coopération avec les acteurs associatifs
Les acteurs associatifs participent pleinement à cette dynamique. Ils viennent compléter l’accompagnement du PIPEP avec des actions ciblées. Le Pôpe (pôle petite enfance) est un PTCE (Pôle Territorial de Coopération Économique), c’est à dire une structure coopérative qui réunit plusieurs associations. Il est à l’origine du dispositif « Fais moi une place » (lancé en 2021) dont l’objet était de faciliter l’accès à un mode d’accueil pour les familles qui en étaient les plus éloignées (barrière de la langue, numérique, statut de parent employeur). Bien que pensé pour les crèches, ce sont surtout les assistantes maternelles (80-90 %) qui ont été mobilisées. L’objectif était d’accompagner les familles en difficulté pour qu’elles puissent devenir employeurs et de réinsérer professionnellement des assistantes maternelles isolées. L’association a également conçu une formation spécifique à la création et à la gestion de Mam : accompagnement sur les dimensions juridiques et administratives des projets associatifs. « Nous travaillons en coopération avec le Pôpe, explique Ana Larregle, responsable du PIPEP. Nous avons beaucoup échangé ensemble sur les rôles de chaque acteur. Il est bien établi que c’est le PIPEP qui est la porte d’entrée pour les Mam le coordinateur de l’accompagnement, et qu’ensuite les acteurs associatifs viennent se positionner sur des champs sur lesquels ils sont les plus pertinents pour apporter un accompagnement ou une formation que la collectivité ne pourrait pas apporter. »
Aurélie Jean, cheffe de projet Petite Enfance au PôPE, se réjouit de la mobilisation conjointe des institutions et des acteurs de terrain pour développer l’accueil individuel. Elle insiste sur l’importance d’une articulation fluide entre les démarches institutionnelles et les actions de proximité : « Les outils comme le logigramme validé collectivement sont des avancées importantes pour clarifier les parcours. Sur le terrain, notre rôle est d’accompagner concrètement les porteurs de projet : comprendre les statuts, construire un budget, poser les bases d’un collectif… C’est un travail de médiation et d’éducation populaire qui vient en complément des dispositifs institutionnels. » Pour elle, renforcer la coordination entre institutions et associations est une condition essentielle pour faire progresser concrètement les créations de MAM dans le département.
À Noisy-le-Grand, l’association Bout’chou, créée en 1992, regroupe 40 assistantes maternelles ainsi que quelques familles. Son premier objectif est de rompre l’isolement des professionnelles en favorisant des rencontres. L’association organise des activités avec les enfants dans des salles prêtées par la mairie. Elle propose aussi à ses adhérentes des formations spécifiques sur une journée, le samedi. Catherine Tartary, sa présidente, collabore activement avec le PIPEP dans le cadre de formations, lors d’évènements, comme la journée du 17 mai. Avec la PMI, en revanche, les relations sont plus tendues.
Faire monter en compétence les assistantes maternelles
Depuis trois ans, la Seine-Saint-Denis se mobilise pour accompagner les assistantes maternelles aux usages du numérique en lien avec leur activité professionnelle. Ces formations en deux niveaux sont organisées par le PIPEP en lien avec le Conseil départemental, les Rpe, la Caf et France Travail. L’objectif : lutter contre la fracture numérique, faciliter la gestion quotidienne du métier (inscription sur les plateformes officielles, suivi administratif, gestion des contrats) et renforcer l’autonomie professionnelle. « Ce dispositif a été construit en complémentarité avec le catalogue de formation continue des assistantes maternelles, sans doublon », précise Ana Larregle. Les premiers résultats sont très positifs. « Les retours ont été vraiment enthousiastes. Certaines nous ont dit que c’était la première fois qu’on leur proposait une formation aussi concrète, adaptée à leur réalité. »
Côté ville, Saint-Denis propose depuis 3 ans une formation annuelle autour d’un thème spécifique. La première portait sur le développement du bébé et sa motricité, la deuxième sur le langage et cette année ce seront les neurosciences. « Ces formations ont un double objectif, celui de rassembler les assistantes maternelles de toute la ville qui ne fréquentent pas forcément les mêmes relais et leur permettre de réfléchir collectivement autour de leurs pratiques », observe Alice Rongier.
Soutien renforcé pour les Mam
Le département soutient activement la création de Mam depuis 15 ans sur le plan financier et logistique en partenariat avec les villes. Il existe depuis 2015 une subvention départementale à l’investissement pour équiper la structure pouvant aller jusqu’à 30 000 €. En complément, la Caf de la Seine-Saint-Denis accorde une subvention de 80 euros par m² dans la limite de 100 m² soit un montant maximum de 8000 euros. Si la ville intervient dans le financement, un forfait de 480 euros /m² dans la limite de 100 m² réparti sous forme de prêt/ ou de prêt et de subvention peut aussi être accordé.
Côté accompagnement, une équipe dédiée a été mise en place au sein de la PMI, avec un suivi méthodologique permanent. Le PIPEP sert de point d’entrée pour les porteurs de projets, en les aidant à structurer leur idée, chercher un local, trouver des financements et mobiliser les bons interlocuteurs (CAF, PMI, ville…). Par ailleurs, l’agrément des Mam est désormais centralisé dans les services centraux pour plus de réactivité. « Centraliser permet d’accélérer les procédures, ce qui est crucial pour des projets immobiliers qui sont complexes et coûteux », relève Ana Larregle.
Les conflits internes restent une cause importante de fermeture des Mam. Le département a co-construit avec l’Ufnafaam un dispositif de médiation depuis 2021, via une intervention extérieure indépendante, sans lien avec les procédures de contrôle. « Il s’agit d’une démarche volontaire d’adhésion à un tiers médiateur, précise la responsable du PIPEP. Cela ne les met pas en difficulté, n’engage en rien leur agrément et ne vaut pas un contrôle supplémentaire. La médiatrice va explorer la situation, les tenants et les aboutissants, et proposer un plan d’action. »
Le travail de terrain, engagé depuis plusieurs années, repose aussi en grande partie sur des rencontres territoriales co-animées par le PIPEP et les PMI locales. Le 16 novembre 2024 s’est déroulée la Journée nationale des Maisons d’Assistants Maternels à Bobigny en présence de plus de 200 professionnelles, dont Les Pros de la Petite Enfance était partenaire. De 17 Mam en 2018, le département est passé à 40 aujourd’hui. Ces structures restent minoritaires, mais elles constituent une réponse innovante à la panne d’attractivité.
Attractivité et valorisation du métier
Pour faire face à la baisse continue du nombre d’assistantes maternelles depuis plus de 10 ans, le département de la Seine-Saint-Denis a engagé une réflexion de fond pour renforcer l’attractivité vers l’accueil individuel. Un travail spécifique a été mené, en lien avec les acteurs de l’insertion, les Rpe, les professionnels de PMI et les services emploi-formation du territoire, comme le prévoit la feuille de route de la DRIETTS pour les métiers de la petite enfance en Seine-Saint-Denis. Objectif : mieux faire connaître les exigences du métier d’assistant maternel et les attentes de qualité « avec des fiches beaucoup plus opérationnelles, une mallette pédagogique destinés aux conseillers en insertion pour qu’ils comprennent exactement les enjeux du métier et qu’ils puissent cibler les bons profils, explique Ana Larregle. Le but n’est pas de recruter toutes les personnes qui disent “j’aimerais garder des enfants”. La PMI avait déjà une fiche sur le métier, nous avons fait une plaquette complémentaire, de sensibilisation qui donne des éléments très concrets, très matériels qui permettent d’aller dans des forums d’emploi généralistes et d’insertion. »
L’enjeu de l’attractivité réside également dans la manière de valoriser ce mode d’accueil auprès des habitants. La commune nouvelle dispose aujourd’hui de quatre Rpe. Comme l’explique Alice Rongier : « Il ne s’agit pas de présenter ce mode d’accueil comme une solution par défaut pour les parents, ni comme une offre en concurrence avec l’accueil collectif, mais bien comme une proposition à part entière que nous souhaitons faire découvrir aux familles dionysiennes. » Dans cette optique, les relais ont mis en place des ateliers avec les assistantes maternelles pour les inviter à concevoir une exposition itinérante valorisant leur profession. L’exposition a été présentée dans différents centres sociaux de la ville, et rythmée par des temps forts permettant aux habitants de rencontrer les assistantes maternelles et d’échanger avec elles.
L’exemple du « kit assmat »
Lors de la journée pédagogique du 17 mai, un « kit assmat » a été remis à l’ensemble des professionnelles. Le sac comprenait des documents administratifs clés (contrats, guides, plaquettes, etc.), des outils éducatifs simples et peu coûteux comme une pochette à histoire à fabriquer soi-même, la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant, des albums jeunesse pour lutter contre les stéréotypes et encourager la diversité. « Nous avons mis à disposition des assistantes maternelles un livret de fiches santé très pédagogique produit par la PMI, qui ont été présentées pendant la journée par deux responsables de circonscriptions », précise Ana Larregle, responsable du PIPEP. Le « kit assmat » n’a pas vocation à être distribué à l’ensemble des professionnels exerçant en Seine-Saint-Denis. « Dans un premier temps, nous avons mis en place un premier événement de valorisation, ensuite il est logique que toutes ces ressources soient disponibles dans les RPE. C’est leur rôle et leur mission de transmettre cette documentation de la façon la plus large possible. », indique Myriam Bouali.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 02 juin 2025