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Assistantes maternelles : la pénurie dont on parle peu, la formation oubliée
L’accueil individuel, premier mode d’accueil formel en France, souffre de son invisibilité. La pénurie d’assistantes maternelles actuelle et future est occultée par celle concernant les professionnels de crèche. Elle est pourtant fort préoccupante, et objectivée par des études, analyses et chiffres, mais les pouvoirs publics tardent à réagir. Cette table ronde a rassemblé plusieurs experts de l’accueil individuel, qui ont partagé leur analyse des enjeux et proposé des pistes pour répondre à la pénurie.
Pour parler de ce sujet brûlant, nous avons réuni : François-Xavier Devetter, professeur de sciences économiques IRES – Clersé, université de Lille ; Pauline Domingo, sous-directrice de l’enfance et des familles à la DGCS ; Élisabeth Laithier, présidente du Comité de filière petite enfance ; Agnès Lardon, déléguée syndicale S.P.A.M.A.F ; Céline Marc, directrice du département Enfance, Familles et Parentalité de la Cnaf et Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam.
La situation est intenable pour les assistantes maternelles. Les réformes tant attendues, nécessaires pour garantir une meilleure reconnaissance de leur profession et une amélioration des pratiques, restent en suspens. Pourtant, il y a bien eu des travaux. Le Comité de filière petite enfance avait proposé, en 2023, 44 mesures destinées à mieux reconnaître et soutenir l’accueil individuel. Et ce plan pour l’accueil individuel avait été remis à la ministre d’alors Aurore Bergé qui l’avait validé quasiment dans sa totalité. Le rapport IGAS qui devait analyser l’accueil individuel, évaluer sa qualité et donner des pistes d’amélioration et de développement, vient tout juste d’être publié après une très très longue attente et on ne sait ce que la prochaine ou le prochain ministre en retiendra.
Que retenir du rapport de l’IGAS ?
Impossible de commencer cette table ronde sans interroger les intervenants sur le rapport de l’Igas qui venait enfin d’être publié et ce malgré l’absence des auteurs. En effet, la direction de l’Igas n’avait pas souhaité qu’ils répondent favorablement à notre invitation…
Élisabeth Laithier estime que le rapport, bien qu’utile, n’apporte rien de révolutionnaire et reprend largement les recommandations déjà formulées par le Comité de filière deux ans plus tôt. Elle évoque un sentiment de temps perdu. Néanmoins, certaines mesures lui semblent intéressantes. « La formation est un point essentiel, affirme-t-elle. Nous avions déjà proposé, au Comité de filière, d’instaurer 180 heures de formation initiale. Ce volume ne me paraît pas excessif. Il reste bien sûr un débat sur la manière d’organiser ces heures : faut-il les regrouper, les étaler, les fractionner ? Ce sont des discussions techniques, mais le principe, lui, est important. » En revanche, elle regrette qu’on ne parle pas assez de la qualité et souligne le manque de préconisations concrètes, notamment sur le statut des assistantes maternelles en crèches familiales.
Agnès Lardon accueille favorablement le rapport, mais souligne ses lacunes : la profession d’assistante maternelle est « malmenée » par, dans certains cas, la pénurie d’enfants, par des pratiques de contrôle intrusives des PMI et par un manque de reconnaissance. « J’exerce ce métier depuis 25 ans, après quatre années en crèche. À l’origine, c’était l’accueil familial, à la maison, en petit comité. Aujourd’hui, nous ne sommes plus vraiment dans l’accueil familial : notre vie privée est sans cesse sanctionnée par les instances qui nous délivrent les agréments et nous contrôlent. » Elle défend, par ailleurs, fermement le terme « assistante maternelle, qui « fait partie de l’identité de notre profession ». Dans son rapport, l’IGAS suggérait de changer le nom.
Sandra Onyszko considère que le rapport constitue un bon point de départ, mais elle craint qu’il ne reste « dans un tiroir ».
Céline Marc, pour la Cnaf, salue l’intérêt du rapport qui met en avant le modèle de la crèche familiale, perçu comme un levier contre l’isolement professionnel. « Nous, notre priorité, c’est de soutenir toutes les assistantes maternelles, de rompre leur isolement et d’accompagner l’évolution de leurs pratiques, explique-t-elle. Les relais petite enfance jouent ce rôle clé : ils permettent aussi d’offrir aux enfants des temps d’échange entre pairs. C’est vraiment notre feuille de route. »
Côté DGCS, Pauline Domingo juge le rapport intéressant, car il trace une vision à 5 ou 10 ans pour l’accueil individuel. Selon elle, il « donne une vision de la pleine intégration de l’accueil individuel dans le service public de la petite enfance (SPPE) et soulève des questions importantes, comme celle du coût pour les collectivités territoriales. ». Elle rappelle que « le rapport propose que les collectivités territoriales investissent dans l’accueil individuel, au même titre que dans l’accueil collectif. » Pour elle, c’est « une mesure qui interroge directement le modèle de financement. ». La sous-directrice de l’enfance et des familles à la DGCS rappelle enfin qu’il revient maintenant aux administrations de rendre ses recommandations concrètes. « Tout l’enjeu, c’est de rendre opérationnelles les mesures de court terme, de les inscrire dans une feuille de route et un calendrier précis. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la forte dimension interministérielle : ce rapport engage plusieurs administrations et appelle à une véritable coordination. », souligne-t-elle.
François-Xavier Devetter reconnaît ne pas avoir toute légitimité pour juger le rapport, mais le trouve très intéressant par sa capacité à synthétiser de nombreux éléments, même s’il manque parfois d’innovation. Il souligne néanmoins deux points marquants : la mise en avant du modèle des crèches familiales, et le fait de rappeler l’unité des métiers de la petite enfance, au-delà des statuts et des appellations. « Est-ce que cela passe par un terme unique ou par un autre dispositif ? Je n’ai pas la réponse, mais c’est une question importante. », observe-t-il. Enfin, il estime courageux que le rapport pointe les dysfonctionnements du modèle du particulier employeur.
Que savons-nous de cette pénurie ?
Interrogée, Céline Marc admet que la situation est « assez déprimante », avec une érosion régulière du nombre d’assistantes maternelles, plus de 4 % par an. À cela s’ajoute un effet démographique massif, puisque plus de 40 % partiront à la retraite d’ici 2030. Elle insiste aussi sur les écarts territoriaux. « En France, le taux de couverture en modes d’accueil varie énormément selon les régions : dans certaines, l’accueil collectif prédomine, ailleurs, c’est l’accueil individuel, observe-t-elle. Et comme les assistantes maternelles exercent à domicile, la question du logement est centrale : sa localisation et ses caractéristiques conditionnent directement l’offre d’accueil. » Ce métier exercé à domicile suppose en effet un espace adapté et accessible, ce qui peut freiner l’installation.
Un constat qui fait réagir Agnès Lardon. « Dans le Var, nous manquons énormément de contrats : sur 27 assistantes maternelles dans notre association, quatre n’ont aucun accueil cette année. On parle beaucoup de pénurie d’assistantes maternelles, mais la réalité est qu’il y a aujourd’hui des places libres. La baisse de la natalité et le contexte économique et politique pèsent lourdement sur la demande. » La représentante syndicale ajoute que dans le Var, il y a aussi la problématique du coût du logement. « Quand une PMI nous demande une chambre par enfant accueilli, il est impossible pour l’assistante maternelle d’avoir un T4. Financièrement, ce n’est pas accessible.»
Sandra Onyszko confirme les effets de la baisse de la natalité chez les assistantes maternelles. « Il y a bien une baisse de la natalité, ajoute-t-elle, mais le problème tient aussi au manque d’équilibre entre les modes d’accueil selon les territoires. »
Élisabeth Laithier rappelle que la pénurie d’assistantes maternelles a toujours été un sujet central au Comité de filière. Elle souligne qu’elle touche les territoires de façon inégale : l’Ouest de la France, très dépendant de l’accueil individuel, ainsi que les zones rurales, risquent d’être particulièrement fragilisés. « Cela creuse les inégalités territoriales, alors même que la mission du service public est de garantir l’égalité d’accès pour tous. », déplore-t-elle.
Et en Europe ?
Une étude de la Cnaf, publiée le 4 septembre 2025, s’est intéressée aux statuts et modes d’exercice des assistantes maternelles dans six pays de l’Union européenne (Allemagne, le Danemark, la France, les Pays-Bas, le Portugal et l’Angleterre. « La pénurie d’assistantes maternelles n’est pas seulement française, c’est une véritable tendance européenne. », relève Céline Marc. Les causes sont similaires : vieillissement des professionnelles et perte d’attractivité du métier. La spécificité française, en revanche, est que « l’accueil individuel représente le premier mode d’accueil en France, ce qui rend la situation particulièrement préoccupante.» Céline Marc rappelle aussi que dans d’autres pays européens, la tendance va vers des formes d’exercice regroupé, même si cela reste encore minoritaire. Elle estime que, même pour celles qui apprécient l’accueil à domicile, il est nécessaire de pouvoir bénéficier de temps d’échanges, de pratiques partagées et de retours professionnels. Cela améliorerait à la fois la qualité de l’accueil, le bien-être des professionnelles et le développement des enfants.
Pourquoi cette invisibilité des assistantes maternelles ?
Pour François-Xavier Devetter, cette invisibilité tient à trois facteurs principaux
– Le lieu d’exercice, le domicile, qui renvoie à la question structurelle du logement (métier peu rémunéré, mais nécessitant un logement spacieux et stable, ce qui crée une contradiction).
– La forte féminisation du métier, qui le rattache symboliquement à la sphère domestique et à des compétences dites « naturelles », contribuant à sa dévalorisation. « Ce métier est presque exclusivement féminin, explique-t-il. Cette forte féminisation le renvoie trop souvent à la sphère domestique, à la maternité ou à des compétences supposées naturelles, ce qui contribue à sa dévalorisation et à son invisibilité. »
– Le statut particulier, lié au particulier employeur, qui fragilise la relation d’emploi et empêche la constitution d’un véritable collectif de travail, renforçant l’isolement.
Sandra Onyszko estime que le métier d’assistante maternelle a été très peu interrogé dans sa pratique et sa qualité. « On se demande encore si c’est un mode d’accueil de qualité. », regrette-t-elle. Trop souvent, on a calqué les normes des structures collectives sans réfléchir à la spécificité de l’accueil à domicile. Résultat : du temps a été perdu et le secteur se retrouve dans un « entre-deux », sans définition claire de ce qu’est la qualité au domicile d’une assistante maternelle ni des obligations de formation. « Si on ne fait rien, les assistantes maternelles risquent de suivre le même chemin que les familles d’accueil : il n’y en aura plus, et on tournera en rond face aux mêmes problématiques. », alerte-t-elle.
De multiples défis à relever
Pour nos invités, la profession doit aujourd’hui surmonter plusieurs difficultés.
–L’isolement, qui touche toutes les professionnelles, quel que soit leur mode d’exercice. C’est l’une des raisons pour lesquelles les regroupements, comme les Mam, attirent. Pour François-Xavier Devetter « autonomie ne veut pas forcément dire indépendance : comme dans l’éducation ou la santé, on peut être salarié et rester autonome. L’enjeu, c’est de trouver le bon équilibre entre accompagnement collectif et autonomie dans l’exercice du métier. » Il faut trouver le bon équilibre entre différents modèles selon les territoires. Les modèles ne s’opposent pas, mais se complètent, même si leur mise en œuvre soulève aussi des questions de financement.
-Le manque de perspectives professionnelles, qui nourrit un sentiment de stagnation. La reconnaissance des assistantes maternelles passe aussi par la formation. Cela concerne à la fois la formation initiale – qu’il faudrait peut-être renforcer ou faire évoluer (actuellement 180 heures, mais est-ce suffisant ? faut-il aller vers un diplôme ?) – et l’accès facilité à la formation continue. « Si l’on veut de la qualité dans l’accueil, il faut que les assistantes maternelles soient bien formées, observe Agnès Lardon. La formation ne doit pas s’arrêter à la formation initiale : elle doit être continue, pour intégrer de nouvelles pratiques et consolider les acquis. »
– La relation complexe avec les parents employeurs est souvent source de difficultés.
Pour Sandra Onyszko, il n’y a « pas de pilote dans l’avion » : on impose finalement des exigences sans donner de moyens. A l’instar d’Elisabeth Laithier, elle plaide pour la création d’un ministère de l’Enfance pour donner une véritable ligne directrice. « Il faut définir précisément ce qu’est l’accueil individuel, fixer des objectifs et les moyens budgétaires correspondants, affirme la présidente du Comité de filière. À défaut, on se contente de “petits bouts”, mais ça ne donne pas de ligne politique. Agnès Lardon insiste aussi sur l’urgence de donner de vrais moyens aux assistantes maternelles. Selon elle, lorsqu’on propose des mesures, il faut aller jusqu’au bout et prévoir les moyens nécessaires.
Des mesures pour revaloriser la profession
Réforme du CMG et bénéfices pour l’accueil individuel
Pauline Domingo rappelle que la réforme du complément mode de garde (CMG), entrée en vigueur le 1er septembre 2025, vise à rétablir une égalité entre les modes d’accueil. Le nouveau mode de calcul prend mieux en compte les ressources des parents et le nombre d’enfants gardés, avec pour objectif de rendre l’accueil individuel plus accessible et d’aligner le reste à charge entre la crèche et l’assistante maternelle. « Nous attendons beaucoup de cette réforme : une hausse du nombre de parents employeurs, une possible revalorisation du salaire médian des assistantes maternelles et une évolution des choix des familles. », souligne Pauline Domingo. Une évaluation est prévue d’ici 12 à 18 mois pour mesurer l’impact réel de la réforme. Mais pour l’heure, sur le terrain, les retours sont mitigés, comme le précise Agnès Lardon. « La réforme fonctionne pour les gros contrats à temps plein, mais pour les petits contrats, comme ceux des infirmiers libéraux, les familles sont perdantes. Certaines retirent leurs enfants de l’accueil individuel faute de pouvoir assumer le reste à charge, et cela fragilise directement les assistantes maternelles. »
Vers un rapprochement du droit commun pour les assistantes maternelles
Depuis le 1ᵉʳ janvier, les assistantes maternelles ont accès à la médecine du travail. Le dispositif commence à se déployer, même si cela reste encore très limité. « Aujourd’hui, l’accès repose surtout sur la téléconsultation, avec quelques relais locaux, ce qui est encore loin d’être à la hauteur des besoins, souligne Pauline Domingo qui affirme que la DGCS suit de près ce déploiement. « C’est un métier difficile, les professionnelles doivent bénéficier d’une médecine du travail à la hauteur. » Elle évoque ensuite la question de la convergence des statuts avec la rupture conventionnelle à laquelle les assistantes maternelles n’ont pas accès. « Ce sujet doit être travaillé avec la Direction générale du travail, même si chaque évolution implique des discussions complexes et techniques. »
Qualité d’accueil, de quoi parle-t-on ?
Pour Pauline Domingo, au-delà d’un manque de moyen et de portage politique, il existe aussi un désaccord sur la définition même de la qualité de l’accueil. Elle pose deux grandes questions : « Qu’est-ce qu’on attend de la qualité ? Doit-elle être évaluée à partir des compétences et de la formation du professionnel ou à partir des processus et référentiels mis en place ? » Deuxième question : « Qui doit distinguer les “bons” et les “mauvais” professionnels ? Est-ce un évaluateur externe (PMI, experts, RPE, etc.), ou est-ce le libre choix des parents, via la concurrence entre professionnelles ? » Selon elle, le modèle fondé sur la concurrence ne serait pas adapté, car l’accueil des jeunes enfants repose en grande partie sur des financements publics et un pilotage public. C’est pourquoi il faut maintenir une évaluation externe structurée. Elle rappelle enfin qu’il existe déjà des outils : un référentiel national de la qualité d’accueil, commun aux deux types d’accueil (collectif et individuel), ainsi que des contrôles de la PMI. Toutefois, ces derniers sont difficiles à mettre en œuvre, car la PMI a un double rôle (contrôle et accompagnement), et les moyens varient beaucoup d’un département à l’autre. En résumé, les outils existent, mais leur application concrète reste incomplète et inégale.
PMI : un chantier national pour harmoniser les pratiques
Pauline Domingo a également annoncé le lancement d’un grand chantier d’harmonisation des pratiques des PMI. L’objectif est de répondre à une revendication de longue date des assistantes maternelles : mettre fin aux disparités entre départements, encadrer les contrôles et limiter les abus. Depuis mars 2025, des groupes de travail réunissant PMI et associations d’assistantes maternelles produisent des fiches pratiques pour établir une doctrine nationale. Deux premières fiches ont déjà été finalisées, l’une sur les réunions d’information, l’autre sur l’agrément. La démarche repose sur une logique de coproduction, les documents étant ensuite enrichis par la concertation avec les associations. Plutôt que de créer de nouvelles normes réglementaires, la DGCS veut diffuser des outils concrets (FAQ, fiches pratiques) permettant une harmonisation progressive. Une réunion sur les contrôles en Mam a déjà eu lieu et servira de base pour de nouveaux travaux. « Les fiches pratiques, c’est une bonne chose, mais dans la réalité du terrain, notamment dans le Var, certaines puéricultrices de PMI imposent des exigences qui ne figurent pas dans les textes officiels et conditionnent le renouvellement d’agrément à leur respect. », répond Agnès Lardon, soulignant, une fois de plus, les contrôles abusifs.
Concernant le guide sur le Mam, actuellement en cours de concertation. Pauline Domingo explique que deux sujets difficiles sont en discussion. Le premier concerne la délégation entre assistantes maternelles. Le second concerne le référentiel bâtimentaire. « L’idée n’est pas de plaquer le référentiel bâtimentaire des établissements collectifs, mais d’en retenir certains éléments afin d’harmoniser les pratiques des PMI dans le contrôle des logements des assistantes maternelles et des maisons d’assistantes maternelles. »
Les crèches familiales, un modèle à généraliser ?
Le rapport de l’IGAS appelle à relancer et soutenir les crèches familiales. Sandra Onyszko accueille favorablement cette mesure tout en soulignant que la profession d’assistante maternelle ne peut pas être enfermée dans un seul modèle. « Il faut laisser un éventail de choix entre différents modes d’exercice : travail individuel, en Mam, en crèche familiale parce que tout le monde n’est pas pareil. », insiste-t-elle. Elle observe que les profils des professionnelles sont très variés : certaines candidates à l’agrément viennent d’expériences collectives et ne souhaitent pas travailler seules, tandis que d’autres sont attachées à l’accueil individuel à domicile. Elle ajoute : « Monter une Mam, ce n’est pas donné à tout le monde, et les crèches familiales, même si elles disparaissent peu à peu, restent un modèle auquel certaines assistantes maternelles tiennent beaucoup. »
Elisabeth Laithier partage totalement ce point de vue sur les crèches familiales, mais alerte : si elles ont quasiment disparu, c’est parce que les collectivités locales les réduisent progressivement. Selon elle, toute relance de ce modèle ne pourra se faire qu’avec l’implication des collectivités, puisqu’elles en détiennent la clé. Pauline Domingo reconnaît que ce mode d’accueil a été progressivement délaissé, au point que même l’administration a perdu de l’expertise sur le sujet. Mais « il est désormais remis sur la table », assure-t-elle. « Nous préparons des documents pour clarifier le droit applicable et redonner un cadre clair aux crèches familiales. » Un travail collectif est engagé, avec notamment le Collectif national des assistants maternels en crèches familiales (CNAMCF), pour structurer les réponses aux problématiques soulevées par les crèches familiales. Plusieurs problématiques sont soulevées. La clarification du statut des assistantes maternelles salariées des collectivités est un chantier prioritaire. Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a proposé de rapprocher ce statut de celui des contractuels. Cependant , « Aligner le statut des assistantes maternelles salariées sur celui des contractuels serait plus favorable pour les professionnelles, mais cela entraînerait des coûts supplémentaires et pourrait rendre les crèches familiales plus onéreuses que les crèches PSU. », remarque Pauline Domingo. Pour elle, il faut ouvrir un chantier plus large sur le modèle économique des crèches familiales.
Une meilleure formation initiale et continue
La discussion se poursuit sur la formation initiale et la professionnalisation des assistantes maternelles. Mais avant même de se former, il faut donner envie de s’engager dans cette voie. Dès 2023, lors de la construction du plan d’action pour l’accueil individuel, il était ressorti que les réunions d’information organisées par les PMI pour les candidates à l’agrément pouvaient parfois être vécues comme des « repoussoirs ». « Nous savons qu’il y a un vrai travail à mener sur les réunions d’information : elles doivent donner envie d’entrer dans le métier et non décourager les candidates », pointe Pauline Domingo. Il faut faire intervenir, des professionnels, des RPE et, le cas échéant, des représentants syndicaux. » La DGCS prévoit de publier un guide de bonnes pratiques sur le sujet. Pour mieux comprendre ces freins, une enquête sera lancée sur les motivations des candidates et les raisons de renoncement à l’agrément.
Sandra Onyszko intervient ensuite sur ce point central. Elle estime qu’augmenter le temps de formation est indispensable, car 180 heures ne suffisent pas, même si c’est déjà un progrès par rapport à avant. « Aujourd’hui, la formation des assistantes maternelles repose sur deux unités du CAP accompagnement éducatif. Il faut aller jusqu’à la troisième unité pour donner plus de cohérence au parcours. ». Pour elle, les temps de formation, après une première expérience professionnelle, sont très importants pour prendre du recul et partager avec des pairs. L’Igas recommandait un bloc unique de formation avant l’accueil. La porte-parole de l’Ufnafaam propose d’augmenter le temps de formation, tout en assurant une entrée rapide dans le métier. « Beaucoup d’assistantes maternelles ne sont pas des jeunes de 18 ans, mais des personnes en reconversion. Elles doivent pouvoir travailler vite, sans attendre plusieurs années pour compléter leur formation. » Dernier point évoqué par Sandra Onyszko : la limitation actuelle du système de labellisation (notamment avec Iperia, unique organisme labellisé). Selon elle, il faut ouvrir le champ des possibles, car il n’y a pas assez d’organismes labellisés pour répondre aux besoins.
Agnès Lardon plaide pour une formation initiale renforcée mais progressive, accessible pendant le temps de travail et non sur le temps personnel. « On ne peut pas demander aux assistantes maternelles de se former le soir après 19h ou le week-end : après une journée d’accueil de 7h à 19h, elles ont aussi une vie de mère, de femme, une vie personnelle à assumer. La formation doit être possible pendant le temps de travail. Sinon, on n’aura jamais des professionnelles suffisamment formées et disponibles pour accueillir les enfants dans de bonnes conditions. » Pour rendre ce système possible, il faut prévoir des solutions de remplacement quand une assistante maternelle part en formation. « Quand une assistante maternelle part en formation, une collègue de confiance pourrait prendre le relais avec un contrat occasionnel : c’est tout à fait possible et rassurant pour les familles. »
Agnès Lardon se dit favorable à l’idée d’un diplôme, à condition qu’il soit associé à une reconnaissance durable du statut et non à des renouvellements d’agrément réguliers. Elle rappelle que l’agrément doit être renouvelé tous les cinq ans, ce qui remet en cause la qualification obtenue. Et propose de s’inspirer du modèle des assistants familiaux, qui sont diplômés, agréés à vie et simplement contrôlés régulièrement.
Pour Elisabeth Laithier, il est évident qu’une formation augmentée est nécessaire. Elle met toutefois un léger bémol : même si l’on comprend les contraintes liées à la pénurie, « il faut prévoir un minimum de formation initiale élargie, surtout pour celles qui viennent d’autres professions. » On ne peut pas « jeter dans le bain » une nouvelle assistante maternelle après seulement 160 heures de formation, car cela reste un véritable métier. Elle rappelle aussi que les EAJE ferment eux en cas de journées pédagogiques. « Les parents sont prévenus et ils s’organisent, en prenant des RTT ou autrement. Pour les assistantes maternelles, ce devrait être la même logique. »
Pauline Domingo insiste sur la double nature de la formation : c’est à la fois une ressource et une opportunité de valorisation (via un diplôme, une montée en compétences), mais cela peut aussi être vécu comme une contrainte. D’où la nécessité de clarifier le partage du coût, aujourd’hui largement assumé par les assistantes maternelles elles-mêmes. Elle évoque la possibilité d’impliquer davantage les parents et même leurs employeurs, puisque l’absence de solution de garde rejaillit aussi sur leur activité.
La révision des filières de formation : une opportunité pour les assistantes maternelles
Aux Pays-Bas et en Belgique, l’accès au métier passe par l’obtention d’un diplôme. En Belgique, depuis la réforme de mai 2019, il existe six formations initiales obligatoires pour travailler dans la petite enfance : cinq sont au niveau secondaire supérieur (équivalent du bac) et une est au niveau bachelier +3. Que l’on exerce à domicile ou en structure collective, l’une de ces formations est obligatoire. En France, la question se pose : faut-il exiger un diplôme ? Créer un métier unique pour l’accueil de la petite enfance ?
Sans aller aussi loin, Pauline Domingo rappelle que le travail en cours sur un référentiel national des connaissances et compétences constituera un socle commun pour l’ensemble des formations de la petite enfance. Les assistantes maternelles auront vocation à s’inscrire dans cette dynamique, à l’image des assistants familiaux dont le diplôme d’État a récemment été révisé et revalorisé. Elle évoque également que les travaux sur le titre IV et sur le CAP AEPE qui constituent « un terreau stimulant pour repenser la place du parcours des assistantes maternelles dans les formations petite enfance.»
Candice Satara
PUBLIÉ LE 26 septembre 2025